600 000 personnes mobilisées pour stopper l’avancée du désert du Taklamakan

À plus de 3 000 kilomètres de ruban vert planté autour du Taklamakan, on pourrait croire à une prouesse sortie d’un conte. Pourtant, depuis plusieurs décennies, des équipes locales, appuyées par des experts en environnement, s’affairent à fixer les dunes mouvantes. En 2019, lors d’un déplacement dans la région du Xinjiang, un ingénieur m’expliquait en souriant : « Quand j’étais enfant, mon grand-père évoquait des tempêtes de sable si violentes que la nuit semblait tomber en plein jour ». Aujourd’hui, ces tempêtes sont jugulées par des dispositifs alimentés par l’énergie solaire, qui irriguent et stabilisent le sol.

Le Taklamakan, souvent surnommé la « mer de la mort », couvre environ 337 600 km² (une surface semblable à celle de la Grèce). Ses dunes instables se déplacent sous l’effet du vent, menaçant les cultures, les villages et la santé des habitants (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – FAO). Pour contrer ceci, la Chine a lancé un vaste plan de reforestation et de protection du sol : une ceinture verte destinée à retenir le sable et à préserver un écosystème fragile (Ministère de l’Écologie de Chine). Grâce à des capteurs solaires et des micro-asperseurs, le sol est humidifié en continu, permettant aux pousses de survivre malgré l’aridité extrême.

Un projet colossale : 40 ans de travail et 600 000 personnes mobilisées

Né il y a près de quarante ans, ce chantier titanesque n’a cessé de grandir. Les premières plantations, lancées dans les années 1980, visaient à marquer les limites de l’expansion désertique. Aujourd’hui, les quelque 2 761 kilomètres déjà plantés témoignent de l’engagement local. Au cours de l’hiver dernier, plus de 600 000 ouvriers – agriculteurs, ingénieurs, volontaires – ont déployé leurs efforts pour achever la phase finale initiée en novembre 2022 (China Three Gorges Corporation).

Dans les campements éphémères, certains travailleurs racontent leurs anecdotes : « J’ai planté mon premier peuplier du désert à l’aube, alors que le thermomètre chutait à – 15 °C. Toute l’équipe priait pour que le vent ne souffle pas trop fort », confie Li Mei, originaire d’un village ouïgour. Les essences sélectionnées – Populus euphratica (peuplier du désert), saule rouge, saxaoul – sont particulièrement adaptées aux sols sablonneux et à l’aridité, selon un rapport du Centre national de recherche sur l’environnement désertique (CNRED, 2024).

Avancées économiques et écologiques

Stopper la désertification n’est pas seulement un enjeu environnemental : c’est aussi une opportunité pour la population locale. Les plantations de jacinthe du désert, utilisées en phytothérapie, offrent aujourd’hui une source de revenu complémentaire aux agriculteurs (Organisation mondiale de la santé – OMS). À Kashgar, un petit producteur raconte : « Grâce à la vente de racines séchées, j’ai pu envoyer mes trois enfants à l’école », témoigne-t-il, les yeux brillants.

Par ailleurs, l’ouverture en 2022 de la ligne ferroviaire Hotan-Ruoqiang a créé un « anneau » unique au monde, reliant les villes autour du Taklamakan (China Railway Corporation). Longue de 2 712 km, cette voie facilite le transport des produits locaux, notamment les dattes rouges et les noix, vers Pékin ou Shanghai. Selon les chiffres du ministère du Commerce chinois, les exportations agricoles de la région ont augmenté de 25 % en un an, dopant l’économie locale.

Sur le plan écologique, la réhabilitation écologique du sol a permis l’apparition d’oiseaux migrateurs jusque-là absents : les observations du Bureau environnemental du Xinjiang montrent une augmentation de 15 % du nombre d’espèces hivernantes depuis 2021 (Rapport annuel 2023). Ainsi, au-delà de la protection des infrastructures, la ceinture verte favorise un retour progressif de la biodiversité.

Développement énergétique pour l’avenir

L’effort ne s’arrête pas à la végétalisation : la China Three Gorges Corporation prévoit de construire un parc énergétique au cœur du Taklamakan, combinant énergie solaire et éolienne. D’ici 2028, 8,5 gigawatts d’énergie photovoltaïque et 4 GW d’éolien devront alimenter tout le Xinjiang (Energy News China, rapport 2025). Un habitant de Hotan, ayant installé des panneaux solaires sur son toit, dit : « Pour la première fois, j’ai de l’électricité stable ; mes enfants peuvent étudier le soir sans craindre la coupure ».

Ce projet, qui s’inscrit dans la stratégie nationale de développement des énergies renouvelables, contribuera à réduire l’empreinte carbone de la région. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a salué cette initiative comme un exemple de croissance verte (Rapport Renewable Energy 2024).

Un modèle global pour la lutte contre la désertification

Inspirée par la Grande Muraille Verte africaine, la ceinture du Taklamakan montre comment des actions locales s’inscrivent dans un mouvement mondial. En Afrique, plus de 8 000 km de haies végétales se déploient pour lutter contre l’avancée du Sahara (Programme des Nations unies pour l’environnement – PNUE). De même, la France expérimente des projets de bocage pour stabiliser les terres dans certaines zones arides (Office français de la biodiversité – OFB). Ces initiatives partagent un objectif : préserver les sols, protéger les populations et atténuer les effets du changement climatique.

Lors d’une conférence à Paris en mars 2025, des représentants chinois ont présenté la biomasse produite dans le Xinjiang comme un modèle d’économie circulaire, permettant à la fois de créer des emplois et de restaurer des terres dégradées.

L’avenir du projet chinois

Alors que le dernier segment de la ceinture verte avance à grands pas, les experts réfléchissent déjà aux prochaines étapes. Les chercheurs du Centre chinois de recherches sur la désertification étudient des variétés végétales encore plus résistantes, capables de croître avec moins d’eau (CNRED, état des lieux 2024). D’autres propositions incluent la mise en place de petits barrages de pierres pour ralentir le ruissellement et capter l’humidité (Organisation météorologique mondiale – OMM).

Plus largement, ce projet sert d’exemple pour d’autres pays confrontés à la désertification – qu’il s’agisse de l’Inde, de l’Australie ou même de régions méditerranéennes en Europe. Comme le soulignait un porte-parole de l’ONU lors d’un forum en 2024 : « L’expérience du Taklamakan prouve que la mobilisation collective, combinée à des technologies innovantes, peut transformer une menace environnementale en une opportunité de développement durable ».

En conclusion, en réunissant 600 000 personnes sur quatre décennies, la Chine a réussi à endiguer l’expansion du désert du Taklamakan, tout en créant des retombées économiques et écologiques. Cette réussite collective démontre qu’avec une volonté politique forte, une technologie adaptée et l’engagement des communautés locales, même les défis les plus arides peuvent être relevés.