Le régulateur norvégien de l'énergie, NVE, a publié une analyse à long terme de la manière dont les marchés norvégiens et européens de l'électricité pourraient se développer dans les années à venir.
L’analyse étend l’horizon temporel des rapports précédents jusqu’en 2050, offrant une image actualisée de la façon dont la demande, les prix et la production pourraient évoluer au cours des décennies à venir.

Le rapport s'appuie sur le précédent Analyse du marché de l’électricité à long terme 2023 (LA23). Les évolutions jusqu’en 2040 restent inchangées, mais NVE a ajouté dix années supplémentaires pour évaluer les tendances attendues à mesure que l’Europe et la Norvège s’engagent plus profondément dans la transition verte.
Un monde façonné par la crise et les problèmes de sécurité
Les dernières années ont été marquées par l’instabilité : la pandémie mondiale, la guerre russe en Ukraine et la reprise du conflit au Moyen-Orient. Ces événements ont remodelé la politique énergétique européenne, plaçant les considérations de sécurité au cœur du processus décisionnel.
Bien que l’on ne sache pas exactement comment les troubles mondiaux affecteront les futurs systèmes énergétiques, une tendance est indubitable : une alimentation électrique sécurisée devient de plus en plus importante.
L’UE continue de poursuivre ses objectifs énergétiques et climatiques, mais la manière dont Bruxelles équilibrera la politique climatique, la sécurité énergétique et la compétitivité industrielle dans les décennies à venir reste incertaine.
La transition climatique, l’industrie et la sécurité sont les moteurs du changement
L'analyse de NVE met en évidence trois forces qui façonneront le système électrique d'ici 2050 : la transition climatique, le nouveau développement industriel et la géopolitique.
Les efforts visant à réduire les émissions dans l’industrie, les bâtiments et les transports devraient accroître la demande d’électricité dans toute l’Europe et dans la région nordique. Les secteurs en croissance tels que la production de batteries, les centres de données et l’hydrogène vert stimuleront également la consommation.
Pour répondre à cette demande croissante, l’Europe s’appuiera fortement sur les énergies renouvelables. D’ici 2050, les projets NVE dont l’énergie solaire et éolienne représenteront environ 65% de toute l’électricité produite en Europecontre 58 % en 2040.
Une part plus élevée des énergies renouvelables entraîne une baisse des prix moyens de l’électricité à long terme, une tendance attendue tant en Norvège que dans le reste de la région nordique.

Les préoccupations en matière de sécurité jouent également un rôle clé. Après des années de bouleversements, les pays européens mettent à nouveau l’accent sur un approvisionnement énergétique stable, accélèrent le développement des énergies renouvelables et revisitent des technologies autrefois mises de côté, notamment l’énergie nucléaire.
La flexibilité devient la nouvelle épine dorsale du système
À mesure que la majeure partie du système électrique est alimentée par des sources renouvelables variables, la flexibilité devient essentielle. NVE s’attend à ce qu’une grande partie de cette flexibilité vienne du côté de la consommation.
Dans les périodes de forte production renouvelable, comme pendant les heures ensoleillées ou venteuses, les consommateurs flexibles peuvent jouer un rôle décisif dans la fixation des prix de l’électricité. Un exemple majeur est la production d’hydrogène. Les installations d’hydrogène peuvent ajuster leur consommation en fonction du prix, contribuant ainsi à stabiliser l’ensemble du système.
Cela signifie que le coût des électrolyseurs et le futur prix de marché de l’hydrogène auront une influence significative sur les prix de l’électricité.
Si l’hydrogène ne parvient pas à évoluer comme prévu en raison de coûts élevés ou de la lenteur du développement des infrastructures, d’autres technologies zéro émission, notamment l’énergie nucléaire, pourraient jouer un rôle plus important.
La flexibilité de l’hydroélectricité est toujours importante
Les réservoirs hydroélectriques de la Norvège restent sa plus grande force. Le stockage intégré de l’hydroélectricité offre une flexibilité que peu d’autres pays peuvent égaler.
À court et moyen terme, l’amélioration de la capacité des centrales hydroélectriques existantes peut contribuer à stabiliser le système. Les changements de comportement des consommateurs, comme le déplacement de la consommation d’électricité hors des heures de pointe, peuvent également affecter les niveaux globaux des prix.
Incertitude autour de la croissance future de la consommation
Il est notoirement difficile d’estimer la demande d’électricité jusqu’en 2050. De nombreuses initiatives politiques pourraient faire augmenter la demande, notamment des stratégies nationales pour la fabrication de batteries, la production d’hydrogène et les centres de données.
La concurrence internationale ajoute une autre couche. Les États-Unis et l’Union européenne offrent tous deux d’importantes subventions pour attirer les industries des technologies propres.
Si la consommation électrique norvégienne augmente plus rapidement que la production, la Norvège pourrait devenir dépendante des importations pendant les périodes où l’électricité est rare dans les pays voisins.

Cela pousserait les prix de l’électricité norvégienne à la hausse et ralentirait potentiellement la demande des consommateurs et de l’industrie.
Éolien offshore : des ambitions élevées, une situation économique difficile
Tous les pays nordiques considèrent l’énergie éolienne offshore comme une solution à long terme à la demande croissante d’électricité. Mais l’éolien offshore est devenu plus cher ces dernières années, et les estimations de coûts actuelles sont plus élevées que prévu.
Pour la Norvège, la rentabilité pourrait être un défi. La plupart des zones éoliennes offshore désignées se trouvent loin des terres et en eaux profondes, ce qui rend la technologie éolienne flottante essentielle et coûteuse.
D’autres pays, dotés d’eaux moins profondes et d’un accès plus facile, pourraient être en mesure de construire des éoliennes offshore à moindre coût.
La modélisation de NVE suggère que le développement éolien offshore à grande échelle en Norvège aurait du mal à être commercialement viable sans un soutien public important, à moins que la demande d'électricité n'augmente de manière spectaculaire.
Si les pays voisins réussissent à construire des éoliennes offshore moins chères, cela pourrait faire baisser les prix de l’électricité dans la région nordique, augmentant ainsi les besoins en subventions pour les projets norvégiens.
Pour que la Norvège puisse construire une éolienne offshore rentable, le pays aurait besoin soit (a) de prix nationaux de l’électricité nettement plus élevés que dans les régions environnantes, soit (b) d’une baisse importante du coût de la technologie éolienne offshore flottante.
Baisse des prix de l’électricité d’ici 2050
Le scénario de référence de NVE projette que :
- La Norvège aura un excédent électrique d’environ 8 TWh en 2050
- La région nordique dans son ensemble aura un excédent de près de 60 TWh
- Les prix moyens de l’électricité en Norvège chuteront de 49 øre/kWh en 2040 à 42 øre/kWh en 2050 (en couronnes 2022)
La tendance est similaire dans toute l’Europe : davantage d’énergies renouvelables entraînent une baisse des prix moyens à long terme.
Ce que tout cela signifie
L'avenir du marché norvégien de l'électricité est façonné par des forces qui dépassent largement ses frontières. La politique climatique, l’expansion industrielle, la sécurité énergétique et l’instabilité mondiale entraînent le système dans de nouvelles directions.
L'hydroélectricité continuera de donner un avantage à la Norvège, mais la croissance de la consommation, de l'hydrogène aux centres de données, pourrait remodeler le rôle du pays dans le système électrique nordique plus large.
Selon NVE, les prochaines décennies devraient être marquées par une baisse des prix moyens de l’électricité, une part plus élevée des énergies renouvelables et un système électrique beaucoup plus complexe où la flexibilité, les coûts technologiques et la dynamique transfrontalière comptent plus que jamais.