Des plates-formes pétrolières en mer du Nord aux parcs éoliens au large de la Grande-Bretagne en passant par les débats au parlement norvégien, Equinor est au cœur de l'économie norvégienne et de ses contradictions climatiques.
Si vous passez du temps en Norvège, vous entendrez tôt ou tard le nom d’Equinor. Cela revient dans les discussions sur l’emploi, le fonds souverain, la politique climatique, les prix de l’énergie et même la politique locale.

Pourtant, pour de nombreux nouveaux arrivants, visiteurs ou même résidents de longue date, ce qu’est réellement Equinor n’est pas tout à fait clair.
S'agit-il simplement de l'ancienne compagnie pétrolière norvégienne qui a changé de nom ? Est-ce un pionnier des énergies renouvelables ? Ou est-ce quelque chose entre les deux ?
La vérité est plus compliquée. Et comprendre Equinor permet d'expliquer l'histoire pétrolière et gazière de la Norvège, ainsi que le fonctionnement de la Norvège moderne.
De Statoil à Equinor
Equinor a été fondée en 1972 sous le nom de Statoil, abréviation de « Den norske stats oljeselskap » – la compagnie pétrolière d'État norvégienne. Il a été créé après d’importantes découvertes pétrolières sur le plateau continental norvégien, notamment le champ d’Ekofisk.
Dès le début, l'entreprise a joué un rôle central dans la stratégie norvégienne : maintenir le contrôle national sur les ressources pétrolières, développer l'expertise nationale et garantir que les revenus pétroliers profitent à la société dans son ensemble.
En 2018, Statoil a changé son nom pour Equinor. L’entreprise a fait valoir que l’abandon du « pétrole » reflétait une stratégie énergétique plus large et des ambitions en matière d’énergies renouvelables. Les critiques y voyaient plus une image de marque qu’une substance.
Près d'une décennie plus tard, le nom Equinor est établi. Mais le débat sur ce que représente l’entreprise n’a pas disparu.
À qui appartient Equinor ?
Equinor est une société cotée à la Bourse d'Oslo et à la Bourse de New York. Cependant, le gouvernement norvégien reste l'actionnaire dominant, détenant environ 67 % par l'intermédiaire du ministère du Commerce, de l'Industrie et de la Pêche.
Cette participation majoritaire est cruciale. Cela signifie :
– L’État norvégien reçoit d’importants dividendes lorsque les profits sont élevés
– Le gouvernement a une influence significative sur l’orientation à long terme
– Les décisions de l'entreprise sont indissociables de la politique norvégienne
Lorsque les prix du pétrole et du gaz augmentent, les recettes de l’État augmentent. Lorsque les bénéfices chutent, l’impact se fait sentir sur les finances publiques.

En bref, Equinor n'est pas une simple société parmi d'autres. Elle est profondément ancrée dans le modèle économique norvégien.
Que fait réellement Equinor ?
Malgré sa marque plus large, Equinor reste avant tout une société pétrolière et gazière.
La majorité de ses revenus et bénéfices proviennent toujours de l'exploration, de la production et de l'exportation de pétrole et de gaz naturel, principalement du plateau continental norvégien. La société exploite certains des plus grands gisements offshore de Norvège et est un fournisseur clé de gaz en Europe.
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et la forte réduction des exportations de gaz russe, le gaz norvégien est devenu encore plus important pour la sécurité énergétique européenne. Le rôle d'Equinor dans l'approvisionnement de l'Allemagne, du Royaume-Uni et d'autres pays est soudain devenu géopolitique et économique.
Parallèlement, Equinor a investi dans les énergies renouvelables. Ses projets renouvelables les plus visibles sont les parcs éoliens offshore, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis.
La société a également investi dans la technologie éolienne offshore flottante, notamment dans les projets Hywind au large de la Norvège et de l’Écosse.
Cependant, les énergies renouvelables représentent encore une part relativement faible des dépenses d’investissement totales par rapport au pétrole et au gaz. Ce déséquilibre est au centre d’un débat en cours.
Equinor et le Fonds souverain
Pour comprendre pourquoi Equinor est important, vous devez comprendre le Government Pension Fund Global, souvent appelé le fonds pétrolier norvégien.
Les revenus pétroliers et gaziers, y compris les impôts payés par Equinor et les dividendes provenant de la participation de l'État, sont transférés dans ce fonds. C'est aujourd'hui l'un des plus grands fonds souverains au monde, investissant à l'échelle mondiale dans des actions, des obligations et de l'immobilier.
Bien que ce fonds soit souvent décrit comme distinct de « l’argent du pétrole », ses origines sont claires. Sans des décennies de production par des sociétés comme Equinor, le fonds n’existerait pas sous sa forme actuelle.
Lorsqu’Equinor se porte bien, le fonds en profite en fin de compte. Lorsque les prix de l’énergie montent en flèche, la marge de manœuvre budgétaire de la Norvège s’agrandit.
Ce lien explique pourquoi les débats sur Equinor ne concernent jamais qu’une seule entreprise. Il s’agit de la viabilité à long terme de l’État-providence norvégien.
Le dilemme climatique
La Norvège aime se présenter comme un leader climatique. Il a des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions, a introduit de fortes incitations pour les véhicules électriques et une production importante d’électricité renouvelable à partir de l’hydroélectricité.
Mais elle reste également un exportateur majeur de combustibles fossiles.
Equinor est au centre de cette tension. D’une part, l’entreprise a réduit ses émissions opérationnelles sur le plateau norvégien, investi dans des projets de captage et de stockage du carbone tels que Northern Lights et étendu sa capacité éolienne offshore.

En revanche, elle continue d’explorer de nouveaux gisements de pétrole et de gaz.
Les organisations environnementales ont critiqué à plusieurs reprises l'exploration arctique et les projets internationaux d'Equinor. Les militants soutiennent qu’approuver de nouveaux développements de combustibles fossiles est incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris.
Il y a eu des manifestations devant les assemblées générales annuelles d'Equinor, des contestations judiciaires concernant les permis de forage dans l'Arctique et des critiques de la part de jeunes militants pour le climat. Dans certains cas, les tribunaux ont été invités à déterminer si les nouvelles licences pétrolières violaient les protections constitutionnelles environnementales.
Ces dernières années, une controverse a également entouré les importants investissements éoliens offshore d'Equinor aux États-Unis, en particulier là où la hausse des coûts et l'opposition politique ont entraîné des retards et des dépréciations.
Les critiques se demandent si l’entreprise a mal évalué les conditions du marché, tandis que d’autres soutiennent que de tels investissements sont essentiels pour abandonner les combustibles fossiles.
L’entreprise est donc critiquée des deux côtés : par les écologistes qui estiment qu’elle n’avance pas assez vite, et par les commentateurs qui estiment que les projets renouvelables sont trop risqués ou trop coûteux.
Bénéfices énergétiques et débat public
Les flambées des prix de l’énergie de 2022 et 2023 ont ramené Equinor à la une des journaux norvégiens d’une manière différente.
Alors que les prix du gaz montaient en flèche, Equinor a enregistré des bénéfices records. L'État norvégien a reçu des revenus records. Dans le même temps, les ménages et les entreprises de toute l’Europe ont été confrontés à une hausse de leurs factures d’énergie.
En Norvège, où la majeure partie de l’électricité provient de l’hydroélectricité, les prix de l’électricité ont également fortement augmenté dans les régions du sud en raison des connexions avec le marché européen. Bien qu’Equinor ne soit pas responsable de la tarification de l’hydroélectricité, la perception plus large selon laquelle « les sociétés énergétiques gagnent des milliards » a alimenté le débat politique.
Des questions ont émergé concernant les impôts exceptionnels, les niveaux de dividendes et la part des bénéfices extraordinaires qui devrait être redistribuée au niveau national.
Pour de nombreux Norvégiens, la situation met en évidence la situation complexe que représente le fait d’être à la fois un pays soucieux du climat et un important exportateur de combustibles fossiles.
Emplois et identité régionale
Au-delà de la politique nationale, Equinor joue un rôle majeur dans les économies régionales.
Stavanger, souvent décrite comme la capitale pétrolière de la Norvège, a connu une croissance spectaculaire après les découvertes pétrolières des années 1970. Des chaînes d’approvisionnement locales entières se sont développées autour de l’ingénierie offshore, des services de forage et de la technologie sous-marine.
Des milliers de personnes sont directement employées par Equinor, et bien d'autres travaillent dans des secteurs connexes.
Dans certaines communautés côtières, l’activité pétrolière et gazière a façonné l’identité et les opportunités pendant des générations. Les appels à une réduction rapide de la production sont donc vécus non seulement comme une politique climatique, mais aussi comme des questions concernant les moyens de subsistance locaux.
Cette dimension sociale est facile à négliger de loin.
Equinor est-il vraiment en transition ?
La question centrale demeure : Equinor est-elle en train de se transformer en une grande entreprise énergétique, ou le pétrole et le gaz restent-ils son activité principale ?
Les documents stratégiques officiels mettent l’accent sur les ambitions « zéro émission nette » et sur l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables et les solutions à faibles émissions de carbone. L’entreprise a des objectifs de réduction de l’intensité des émissions et d’expansion de la capacité renouvelable.
Toutefois, les prévisions de production incluent toujours une production pétrolière et gazière importante pour les décennies à venir. Les explorations se poursuivent. De nouveaux développements sur le terrain sont approuvés.
Les partisans soutiennent que la demande mondiale d'énergie reste élevée et que la production norvégienne, avec des émissions opérationnelles relativement faibles par rapport à certaines autres régions, est préférable aux alternatives à émissions plus élevées.
Les critiques soutiennent que continuer à investir dans de nouvelles infrastructures liées aux combustibles fossiles bloque les émissions pendant des décennies et compromet les objectifs climatiques mondiaux.
Il ne s’agit pas d’un débat propre à la Norvège. Mais en Norvège, c’est particulièrement personnel, car l’État est le propriétaire majoritaire.
Pourquoi Equinor est important
Equinor est important car il est intégré à l'histoire moderne de la Norvège.
Cela a contribué à transformer la Norvège d’une économie européenne relativement modeste dans les années 1960 en l’un des pays les plus riches du monde. Ses impôts et dividendes soutiennent les services publics, les infrastructures et le fonds souverain.
Dans le même temps, il symbolise la contradiction centrale de l'identité climatique de la Norvège : des politiques environnementales nationales ambitieuses financées en partie par l'exportation de combustibles fossiles.
Pour les nouveaux arrivants qui tentent de comprendre la Norvège, Equinor offre un aperçu de la culture politique du pays. Les décisions concernant les licences d'exploration sont débattues au Parlement. Des affaires judiciaires testent les clauses environnementales de la constitution. Les assemblées d’actionnaires attirent aussi bien les activistes que les gestionnaires de fonds de pension.
Il ne s’agit pas seulement d’une stratégie d’entreprise. C'est une stratégie nationale.
Qu'Equinor devienne une entreprise énergétique nettement plus verte dans les décennies à venir, ou reste avant tout un géant pétrolier avec des ambitions renouvelables, façonnera l'économie norvégienne, sa réputation internationale et peut-être même sa perception d'elle-même.