La Norvège entrera dans une nouvelle ère de dépenses de défense au cours de la prochaine décennie, en engageant 115 milliards de couronnes supplémentaires (12 milliards de dollars) en réponse à un environnement de sécurité plus incertain.
Le plan à long terme actualisé, présenté par le Premier ministre Jonas Gahr Støre et le ministre de la Défense Tore O. Sandvik, verra la Norvège consacrer 3,5 % de son PIB à la défense d'ici 2035, conformément à l'évolution des attentes de l'OTAN.

Le gouvernement affirme que cette décision reflète une détérioration de la situation sécuritaire mondiale, en particulier à la suite de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie.
Une réponse à un paysage de sécurité en évolution
La Norvège, qui partage une frontière terrestre et maritime avec la Russie dans l’Arctique, s’est de plus en plus concentrée sur le renforcement de ses défenses et de sa préparation au nord.
« Il s'agit d'une priorité majeure pour renforcer les capacités de défense de la Norvège face à une situation sécuritaire devenue plus grave et imprévisible », a déclaré le Premier ministre Jonas Gahr Støre lors de la présentation du plan.
Cette augmentation s’appuie sur un engagement de défense déjà substantiel. La Norvège avait précédemment annoncé des dépenses de plus de 1 600 milliards de couronnes (165 milliards de dollars) entre 2025 et 2036, ce qui signifie que l’investissement total va désormais encore augmenter.
Nouveaux sous-marins, frégates et déploiement plus rapide
Une grande partie du financement sera consacrée à la modernisation des capacités navales et militaires de la Norvège.
Les plans comprennent l’acquisition de six nouveaux sous-marins, le premier devant être livré en 2029, ainsi qu’au moins cinq nouvelles frégates qui devraient entrer en service au début des années 2030. Ces investissements reflètent un intérêt stratégique croissant pour les régions de l’Atlantique Nord et de l’Arctique.
Le plan actualisé accélère également le développement de la brigade Finnmark dans le nord de la Norvège, qui devrait désormais devenir pleinement opérationnelle plus tôt que prévu.
Cette décision souligne l'importance du Grand Nord norvégien, où l'activité militaire s'est intensifiée ces dernières années.
Focus sur les drones, la défense aérienne et la guerre électronique
Les leçons tirées de la guerre en Ukraine façonnent les priorités de la Norvège.
Le gouvernement envisage de renforcer les capacités de défense aérienne à courte portée, de défense contre les drones et de guerre électronique, reconnaissant le rôle croissant des systèmes sans pilote et des menaces hybrides dans les conflits modernes.
Dans le même temps, certains grands projets ont été retardés. Les décisions concernant les systèmes de défense aérienne à longue portée et certains drones de surveillance maritime ont été reportées, en partie en raison des coûts élevés et de l'évolution rapide de la technologie.
Le chef de la Défense, Eirik Kristoffersen, a déclaré qu'il était important d'adapter les plans d'approvisionnement à mesure que de nouvelles technologies émergent, plutôt que de s'engager trop tôt dans des systèmes qui pourraient bientôt devenir obsolètes.
Un soutien politique, mais quelques critiques
L’augmentation des dépenses de défense bénéficie d’un large soutien politique, reflétant un rare consensus au sein de la politique norvégienne en matière de sécurité nationale.
Cependant, le plan actualisé a également suscité des critiques de la part des politiciens de l'opposition, notamment en raison des retards dans la mise en place de systèmes de défense aérienne à longue portée et des inquiétudes concernant les capacités de l'armée.
Certains estiment que la protection des principales agglomérations, notamment la région d'Oslo, devrait être une priorité, compte tenu notamment du succès de la Norvège dans l'exportation de systèmes de défense aérienne tels que le NASAMS.
Un changement de priorités à long terme
Le plan de défense actualisé met en évidence un changement plus large dans la pensée stratégique de la Norvège.
Avec un environnement de sécurité plus instable, une activité militaire accrue dans l’Arctique et une incertitude persistante concernant les alliances mondiales, la Norvège se positionne pour une période d’investissement soutenu dans la défense.
Comme l'a souligné Støre, le plan ne vise pas uniquement à répondre aux besoins immédiats, mais également à garantir la sécurité à long terme de la Norvège dans un monde de plus en plus imprévisible.
Contrairement à de nombreux pays de l’OTAN, la Norvège se trouve dans une position financière solide pour financer son expansion en matière de défense.
Grâce à son fonds souverain, le plus important au monde, la Norvège n'a pas besoin d'emprunter pour financer l'augmentation de ses dépenses militaires. Cela permet au gouvernement d’augmenter les investissements tout en maintenant la stabilité budgétaire.