La Deutsche Bahn introduit une interdiction nationale de la consommation d'alcool dans les quelque 5 400 gares de l'entreprise. L’objectif est de réduire la violence, les conflits et l’insécurité pour les salariés et les voyageurs.
Dans le même temps, l'interdiction concrétise un défi qui préoccupe depuis longtemps le secteur aérien : les passagers qui se rencontrent ivres dans la rue ou continuent de consommer de l'alcool à bord peuvent créer des problèmes de sécurité, des retards et des coûts importants pour les compagnies aériennes.
Alors que la Deutsche Bahn peut faire respecter les règles en expulsant la zone de la gare, la situation devient bien plus exigeante lorsqu'un passager en état d'ébriété se trouve déjà dans un avion en vol.
Interdiction de 5 400 gares allemandes
L'interdiction de l'alcool devrait être introduite dans toutes les gares de la Deutsche Bahn d'ici le 15 octobre 2026. Elle concernera les quais et les halls de gare, mais ne desservira pas les places à l'intérieur des gares.
Les voyageurs peuvent toujours emporter avec eux des boissons alcoolisées non ouvertes. La vente et le service dans les restaurants et bars seront également autorisés. L'interdiction ne s'applique pas non plus à bord des trains, où la Deutsche Bahn peut toujours vendre de l'alcool dans les wagons-restaurants.
La violation des règles peut entraîner l'expulsion et, en cas de violations répétées, une interdiction permanente d'entrée. Le personnel de sécurité de la Deutsche Bahn et la police allemande suivront l'accord.
Plusieurs grandes gares, dont celles de Hambourg, Munich et Francfort, ont déjà des restrictions. La Deutsche Bahn affirme que les expériences de Hambourg montrent moins de conflits et d'affrontements, moins de déchets et un sentiment de sécurité accru après l'interdiction de la consommation d'alcool en avril 2024.
– Nous avons trop souvent constaté que lorsque l'on boit trop d'alcool, la violence augmente également, a déclaré Evelyn Palla, directrice générale de la Deutsche Bahn, selon la chaîne de télévision publique allemande ARD.
Les compagnies aériennes s'attaquent au problème au niveau de la rue
La décision de la Deutsche Bahn illustre à quel point il est important d'intervenir avant qu'un voyageur en état d'ébriété ne pénètre dans un moyen de transport fermé. Pour les compagnies aériennes, l'évaluation finale a normalement lieu à l'enregistrement, à la porte d'embarquement ou à la porte de l'avion.
Une compagnie aérienne peut refuser l'embarquement à un passager si la personne semble tellement ivre que la sécurité, le calme en cabine ou la capacité à suivre les instructions de l'équipage peuvent en être affectés. Le problème est que le degré d’ivresse n’est pas toujours évident jusqu’au décollage de l’avion.
L'alcool peut être acheté et consommé à plusieurs endroits de l'aéroport, notamment dans les bars, restaurants, salons et boutiques hors taxes. La compagnie aérienne dispose ainsi d’un aperçu limité de la quantité d’alcool consommée par chaque passager.
En cas de retard, le problème peut être exacerbé car les passagers passent plus de temps à l'aéroport. Lorsque l'embarquement commence, le personnel de porte et le personnel de cabine doivent procéder à une évaluation discrétionnaire sous pression temporelle. Un refus peut déclencher des disputes dans la rue et retarder lui-même le départ.
Le personnel de cabine doit faire face aux conséquences
Si un passager en état d'ébriété devient agressif ou refuse de suivre les instructions après le départ, l'attention est portée sur le personnel de cabine. Le personnel peut être amené à interrompre le service ordinaire, à calmer la situation, à déplacer d'autres passagers ou, dans des cas graves, à maîtriser physiquement la personne.
Cela mobilise le personnel de cabine, qui doit également assurer la sécurité de toutes les personnes à bord. Un passager fortement ivre peut également avoir des difficultés à comprendre ou à suivre les consignes de sécurité en cas de turbulences, d'évacuation ou de toute autre urgence.
L'agence européenne de la sécurité aérienne, l'AESA, souligne que les passagers en état d'ébriété peuvent représenter un risque pour la sécurité même s'ils ne se comportent pas de manière agressive. Le non-respect des instructions peut avoir des conséquences si la situation à bord évolue rapidement.
Pour d'autres voyageurs, les incidents peuvent impliquer des troubles, un comportement menaçant, une confrontation physique et, dans certains cas, une expérience traumatisante. Si le personnel de cabine est blessé, cela peut également réduire sa capacité à faire face à une urgence ultérieure.
Un incident pour 355 vols
Les derniers chiffres mondiaux de l'Association du transport aérien international, IATA, montrent que les compagnies aériennes ont signalé un incident impliquant des passagers indisciplinés ou perturbateurs pour 355 vols en 2025. Cela représente une amélioration par rapport à un incident pour 307 vols l'année précédente.
Les chiffres sont basés sur 93 107 rapports provenant de plus de 140 exploitants d’avions. L'IATA a également enregistré une diminution des signalements liés au harcèlement verbal et à l'intoxication.
L'évolution va donc dans la bonne direction, mais les événements ont encore des conséquences disproportionnées, selon l'organisation. Ils peuvent menacer la sécurité des passagers et du personnel, perturber les opérations aériennes et imposer des coûts importants aux compagnies aériennes.
Le non-respect des instructions de l'équipage reste la forme de comportement indiscipliné des passagers la plus fréquemment signalée.
Un déroutement peut concerner plusieurs vols
Dans les cas les plus graves, le commandant de bord peut décider d'atterrir dans un autre aéroport pour faire évacuer le passager. Un tel détournement n’entraîne pas seulement une consommation de carburant et des frais d’atterrissage supplémentaires.
L'avion peut rester au sol, tandis que l'équipage risque d'atteindre la durée maximale de travail autorisée. La compagnie aérienne peut alors devoir fournir des hôtels, des repas, un nouvel équipage ou un autre avion. Le retard peut également s'étendre à des départs ultérieurs car les avions et le personnel sortent de la rotation prévue.
Ryanair a souligné les coûts après qu'un vol de Dublin à Lanzarote en avril 2024 ait dû être détourné vers Porto en raison d'un passager indiscipliné. Plus de 160 passagers et six membres d'équipage ont dû passer la nuit, et la compagnie aérienne a dû déployer un avion supplémentaire et un nouvel équipage.
Ryanair a estimé les coûts directs à plus de 15 000 euros et a engagé une action civile contre le passager pour récupérer le montant.
Ryanair va limiter la restauration dans les aéroports
Ryanair a déjà demandé aux autorités européennes d'introduire une limite de deux boissons alcoolisées par passager dans les aéroports. La compagnie a proposé que les achats soient enregistrés à l'aide de la carte d'embarquement, à l'instar des systèmes utilisés pour certains achats hors taxes.
La compagnie aérienne estime qu'il existe un déséquilibre entre la responsabilité à bord et le contrôle au sol. Le personnel de cabine peut limiter ou interrompre son service à bord de l'avion, mais n'a aucun contrôle sur la quantité d'alcool qu'un passager a bu dans le terminal avant l'embarquement.
Toutefois, une limite générale d’alcool dans les aéroports sera difficile à faire respecter. Les passagers peuvent acheter de l'alcool dans plusieurs points de vente, séjourner dans des salons avec repas inclus ou voyager avec d'autres personnes qui effectuent les achats. Le projet nécessitera également une coordination entre les aéroports, les établissements de restauration, les magasins, les compagnies aériennes et les autorités.
Appels à mesures tout au long du voyage
L'IATA estime que le problème ne peut être résolu par le seul équipage de cabine. L'organisation travaille avec les aéroports, les établissements de restauration et les opérateurs de duty-free pour promouvoir la vente et la commercialisation responsables de l'alcool.
La Norvège fait partie des pays où l'industrie aérienne a lancé une campagne commune contre l'ivresse et les comportements indisciplinés. L'IATA cite la déclaration norvégienne « Volez en toute sécurité, buvez de manière responsable » comme exemple de coopération entre plusieurs acteurs.
Les nouvelles règles de la Deutsche Bahn montrent qu'un grand opérateur de transport est disposé à limiter la consommation d'alcool avant l'embarquement des passagers. Pour le secteur du transport aérien, la question centrale sera de savoir si les aéroports et les autorités iront dans la même direction, ou si la responsabilité incombera toujours principalement au personnel au sol et au personnel de cabine alors que des problèmes sont déjà survenus.
Sources
Tagesschau, Bahn prévoit un Alkoholverbot fédéral et Bahnhöfen, juillet 2026
Association du transport aérien international, Fiche d'information : Passagers indisciplinés, juin 2026
Ryanair, Ryanair fournit des détails sur une réclamation de 15 000 € dans le cadre d'une procédure civile contre des passagers pour déroutement d'avion vers Porto en avril 2024, janvier 2025
Agence de la sécurité aérienne de l’Union européenne, Tolérance zéro contre les passagers indisciplinés : Pas sur mon vol, consulté en juillet 2026
TravelMole, en Allemagne, va interdire l'alcool dans les gares ferroviaires à l'échelle nationale, juillet 2026