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La côte Nord-Est du Spitzberg

Carte Nord-Est Svalbard

Le Détroit d'Hinlopen

Généralités

Délimité à ses deux extrémités par Nordporten et Sørporten, ce détroit sépare l'île principale du Spitzberg de la Terre du Nord-Est ; d'une longueur de 160 km et d'une largeur allant de 9 km à 50 km, il englobe toute une série d'îles et d'îlots au centre et au sud présentant de belles formations basaltiques (Waigattøyane, Wilhelmøya, Bastianøyane et Rönnbeckøyane). Il est caractérisé par les régions environnantes, composées de vastes plateaux montagneux (900m), de déserts polaires et de calottes glaciaires qui se jettent en mer, donnant des paysages remarquables. Parmi les grands glaciers qui viennent vêler leurs icebergs dans le Détroit citons le Etonbreen et le Hinlopenbreen.
La ligne côtière du Détroit est interrompue par plusieurs fjords qui s'enfoncent parfois profondément vers l'intérieur : le Murchisonfjord et le Wahlenbergford à l'Est, le Sorgfjord et le Lomfjord à l'Ouest.
De puissants courants de marée circulent du nord au sud du détroit et les conditions de glace sont souvent difficiles, voire imprévisibles, sans compter qu'il subsiste encore des blancs sur les cartes marines. L'ensemble du Détroit de Hinlopen fait partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard (voir carte).

Toponymie

Hinlopenstretet ou -stredet : Probablement d'après Thymen Jacobsz Hinlopen, le directeur d'une société baleinière hollandaise, la Noordsche Compagnie en 1617. (Son ancien nom hollandais de « Vaigatt » « Détroit des vents », se retrouve dans les noms « Vaigattbogen » et Vaigattøyane).

Faune et flore

La toundra du Détroit ainsi que celle de la Terre du Nord-Est font partie de la zone du désert polaire, caractérisée par l'absence de plantes à fleurs, mis à par quelques oasis bien délimités. Ici s'imposent mousses et lichens ; les facteurs limitatifs sont surtout le manque d'humidité, de nutriments, et la faible couverture neigeuse en hiver.
La vie animale, à l'instar de la végétation, semble aussi très clairsemée. De petits groupes de rennes sont présents, mais c'est surtout près de et dans la mer que la vie foisonne. La richesse planctonique des eaux nourrit toute une série de colonies d'oiseaux marins (guillemots, fulmars, mouettes, mergules), au pied desquelles rôde le renard polaire (Alkefjellet) ; on compte quelques aires de repos où viennent les morses (Augustabukta/Torellneset et Vibebukta), et les chances sont réelles d'observer des ours polaires, surtout quand la banquise dérivante est présente. Rorqual commun, petit rorqual, baleine à bosse sont présentes et depuis quelques années on a pu observer la très rare baleine franche boréale.

Histoire

Le Détroit d'Hinlopen était connu des baleiniers, comme le capitaine hollandais Zorgdrager, dès le 17e siècle, mais peu fréquenté en raison des conditions de glace difficiles. Des 17e et 18e siècles subsistent encore des traces des trappeurs russes.
Puis, au 19e siècle, ce sont les anglais qui seront très présents dans le Détroit d'Hinlopen.
En 1827, tandis que W.E Parry tentait d'atteindre le Pôle Nord lors de l'expédition britannique avec l' « Hecla », le lieutenant Henry Foster cartographie la partie nord du Détroit.
En 1871 l'explorateur Leigh Smith explora le Détroit lors de ses expéditions au Nord-Est du Svalbard avec le « Samson ».
En juillet 1896, Sir Martin Conway, célèbre alpiniste et explorateur, accomplira la 1ère traversée d'Ouest en Est du Spitzberg et tentera début août, à bord de l' « Express », d'entrer dans le Détroit, mais il devra faire-demi-tour en raison des conditions de glace.
D'autre part, aux 19e et 20e siècles sont venues y travailler plusieurs expéditions scientifiques suédoises, parmi lesquelles il faudrait citer celle de Torell en 1861, celle de Nordenskjöld en 1864, et l'expédition russo-suédoise pour la mesure de l'arc de méridien (1899-1902), dont la tâche consistait en un mesurage précis le long d'un transect nord-sud, allant des Sept-Îles à l'extrême nord, jusqu'au Cap Sud du Spitzberg. À cet égard le Détroit constituait un lien important et les îles qui s'y trouvent autant d'éléments avantageux pour les mesures. Les ruines des installations suédoises datant de la fin des années 1800 sont visibles à Crozierpynten (Heclahamna/Sorgfjord). Cet énorme projet de recherche avait pour objectif de déterminer la forme exacte de la terre, et notamment de vérifier l'hypothèse selon laquelle elle était aplatie aux deux Pôles. Le Svalbard fut choisi comme étant le meilleur endroit pour la réalisation de ce projet qui incluait l'hivernage 1899/1900 de nombreux participants, lesquels laissèrent de nombreuses traces dans la toponymie des lieux, principalement en Terre du Nord-Est.
Les installations suédoises sont aujourd'hui à l'état de ruines, mais l'un des bâtiments fut remis en état en 1921/1922 par l'expédition norvégienne Hagerup/Jensen et aussi par les frères Svendsen en 1927.
Parmi les expéditions allemandes il faudrait citer d'abord la « Erste Deutsche Nordpolar-Expedition » menée par Carl Koldewey sur le « Grönland » et qui, en août 1868, va parcourir le Détroit de Hinlopen en cartographiant au passage l'île Wilhelmøya, après avoir cherché vainement la mythique Terre de Gillis (ou de Gile) (en fait l'Île Blanche).
Et ensuite la « Deutsche Expedition in das Nördliche Eismeer », partie pendant l'été 1898 explorer le Nord du Svalbard avec le chalutier « Helgoland ». Son commandant, le Kapitän Rüdiger, pourra parcourir le Détroit jusqu'au sud grâce à une météo favorable, et son grand mérite sera de dresser la première carte précise du Kong Karls Land.

Le Détroit d'Hinlopen : les îles

Généralités

Au milieu et au sud du Détroit se trouvent plusieurs grandes îles (Wilhelmøya et Wahlbergøya) et une série d'îles plus petites (Waigattøyane, Bastianøyane et Rønnbeckøyane). Toutes ces îles font partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est Svalbard.

Paysage

Presque toutes ces îles sont pierreuses, pauvres, non englacées et plus ou moins plates (sauf Wilhelmøya), avec beaucoup de bois flotté sur les rives.

Faune et flore

Les îles basaltiques s'apparentent à des déserts froids, où règnent les mousses et les lichens. Quelques plantes à fleurs comme le pavot du Svalbard et le saxifrage à feuilles opposées arrivent à pousser dans cet environnement inhospitalier. Les îles sont propices à l'observation de l'ours polaire et on compte quelques aires de repos où séjournent les morses.

Îles principales

- Vaigattøyane : les îles de ce groupe portent les noms des scientifiques ayant participé aux différentes expéditions du 19e siècle, suédoises notamment : Nyströmøya, Lemströmøya, Smittøya, Holmgrenøya, Öbergøya, Wijkanderøya, Palanderøya, Berggrenøya, Nordströmøya, Von Otterøya, Nordenskjöldøya, Perthesøya, Franzøya, Karl Alexanderøya.

Le nom Vaigatt qui désignait aussi le Détroit, est plus ancien, d'origine incertaine et désigne un trou (Gatt) par où passent les vents... Ce même nom se retrouve au Groenland-Ouest et en Sibérie.
La plus grande île du groupe est Wahlbergøya : d'après Peter Fredrik Wahlberg (1800 - 1877), botaniste suédois et secrétaire de l'Académie Royale des Sciences de Stockholm de 1848 à 1866.

- Wilhelmøya : d'après Guillaume Ier (1797-1888), roi de Prusse de 1867 à 1888, et empereur d'Allemagne de 1871 à 1888. D'autres noms de leaders politiques allemands (guerre de 1870-71) se retrouvent dans la toponymie, comme Bismarck, Moltke et Roon.
L'île, d'une superficie de 120 km², est séparée du Spitzberg par le Bjørnsundet, autrefois le Détroit de Bismarck, « Bismarckstraße »), large de 1,25 km et atteint 565 m d'altitude.
Elle est pauvre en végétation et se compose essentiellement de sédiments disposés horizontalement et datant du Jurassique. Un tiers de sa surface est englacée.
Wilhelmøya était sans doute déjà connue des baleiniers et des chasseurs russe pomores ; sa partie sud fut explorée et cartographiée par Karl Koldewey en 1868. L'expédition a pu en outre prouver qu'il s'agissait bien d'une île et pas d'un cap comme on le supposait jusque là.

- Bastianøyane : d'après l'ethnologue allemand Adolf Bastian, fondateur du Musée d'Ethnologie de Berlin. Ce petit groupe d'îles se trouve à la sortie sud du Détroit d'Hinlopen (Sørporten), au sud-est de Wilhelmøya. Ces îles rocheuses et pauvres se composent d'intrusions basaltiques ; elles sont visitées fréquemment par les ours polaires.

Îles principales des Bastianøyane

NomOrigineAltitude en m
Langeøya Heinrich (Henry) Lange(1821-1893), cartographe allemand56
KiepertøyaHeinrich Kiepert (1818-1899) géographe et cartographe allemand35
Pescheløya Oskar Ferdinand Peschel (1826-1875), géographe allemand32
Ehrenbergøya Christian Gottfried Ehrenberg (1795-1876), zoologue allemand30
Konerøya Wilhelm Koner (1817-1887), géographe allemand27
Klödenøya Gustav Adolf von Klöden (1814-1885), géographe allemand11
DeegenøyaH. Deegen, secrétaire du Comité Berlinois pour les voyages polaires32
Geograføya« Îles des géographes »34

Les Bastianøyane furent découvertes et cartographiées en 1868 lors de l'expédition de Karl. Koldewey. Elles apparaissent pour la première fois en 1871 sur une carte du géographe August Petermann, initiateur de l'expédition, qui leur attribua les noms de ses collègues.
En 1995 se déroula un drame sur l'île Kiepertøya ; deux membres de l'équipage d'un bateau, non armés, furent surpris par un ours polaire ; l'un fut tué et l'autre grièvement blessé ; l'ours fut abattu par la suite.

- Rønnbeckøyane : d'après le capitaine norvégien Nils Rønnbeck, qui accomplit probablement la circumnavigation de l'archipel du Svalbard en 1850, atteignit la Terre François-Joseph en 1865, soit 8 ans avant la découverte « officielle » par Payer et Weyprecht (expédition du Tegetthoff), et fit le tour du Spitzberg en 1867. C'est lors de ce dernier voyage qu'il découvrit ces îles, une dizaine, les plus au sud du Détroit d'Hinlopen et qui portent son nom désormais.

Le Lomfjord

Généralités

Long de 35 km il comporte une petite baie latérale, Faksevågen, sur sa côte ouest. La partie intérieure du fjord, en grande partie, n'est pas cartographiée sur les cartes marines, si bien que la région est rarement visitée et que les débarquements se font plutôt dans la baie latérale Faksvågen.

Toponymie

Faksevågen : d'après Fakse, un cheval de la mythologie nordique.
Footøya : D'après R. Foot, membre de l'expédition de Parry en 1827.
Gullfaksebreen : d'après le cheval du géant Rugne dans la mythologie nordique.
Kapp Fanshawe : d'après un officier de l'Hecla, le bateau de Parry (expédition de 1827).
Lomfjord : le « fjord des plongeons » », d'après « lom », le nom de cet oiseau en norvégien ou le « fjord des guillemots » selon la version hollandaise du même mot, en raison de la proximité des falaises à guillemots d'Alkefjellet.
Skinfaksebreen : d'après le cheval du soleil dans la mythologie nordique.
Veteranen : un « véteran » parmi les glaciers, en raison de sa taille.

Paysage

Il se compose de de hauts plateaux s'élevant à 300-400 m, entaillés par des vallées libres de glace. Les plus profondes furent envahies par la mer et sont aujourd'hui des fjords (Lomfjord, Faksevågen), d'autres, dans leur cours inférieur, laissèrent la place à des rivières avec leurs deltas et à des paysages de moraines.
Loin de la côte l'intérieur est recouvert par de grands glaciers et des calottes. Le puissant glacier «Veteranen » descend directement des montages de Ny Friesland (Atomfjella, Newtontoppen) jusqu'au Lomfjord.
Les grands glaciers de la dernière glaciation ont laissé des traces sous la forme de blocs erratiques. Un beau spécimen se trouve à 355 m d'altitude sur le Faksefjellet et constitue un but d'excursion intéressant avec un panorama superbe.

Faune et flore

Dans les endroits protégés, comme autour de Faksevågen on trouvera une toundra riche avec la cassiope tétragone et la dryade octopétale, des zones où vient paître le renne du Svalbard. Sur les falaises, principalement sur la côte Est du fjord, nichent des colonies d'oiseaux marins, où le guillemot de Brünnich est l'espèce dominante.
Ours polaires et morses peuvent se montrer, surtout quand la banquise dérive dans le fjord.

Histoire

Isolé et tributaire de conditions de glace difficiles le Lomfjord fut rarement visité, mis à part quelques hivernages de trappeurs norvégiens entre 1908 et 1938. De 1923 à 1928, 4 huttes ont été construites : « Port Arthur » (1924) à Sagnberget, « Camp Mary » (1924) plus au sud près du Frostbreen, « Villa Solveig » (1928) très à l'intérieur du fjord, et « Villa Elly » (1928) à Rekvekstranda sur la rive Est.

Ces hivernages n'eurent pas de succès, la région fut abandonnée et il ne reste plus grand chose des huttes. Jusque dans les années 1930, le Lomfjord demeura néanmoins une zone souvent fréquentée pour la chasse estivale aux bélougas.
En mai 2008 s'y déroula un drame : la glace du fjord céda lors du passage de 4 snowmobiles, un des conducteurs périt noyé, les autres purent être sauvés par hélicoptère.

L'Alkefjellet

Généralités

Pour les croisièristes c'est une expérience inoubliable que de pouvoir contempler ce site exceptionnel d'une grande richesse. Surtout si le beau temps est de la partie, car ces falaises abruptes sont exposées aux vents du Nord et de l'Est et les courants de marée sont parfois forts ; mais c'est alors une chance à saisir si l'on peut longer le site en zodiac, sinon le spectacle vaut aussi la peine depuis le bateau, car la profondeur est suffisante pour s'en approcher et faire de bonnes photos. L'Alkefjellet fait partie de la Réserve Naturelle du Svalbard Nord-Est.

Voyage Spitzberg - Alkefjellet

Toponymie

Alkefjellet : la « montagne aux alcidés », d'après cette famille d'oiseaux comprenant les guillemots, macareux et autres mergules.
Odinjøkulen : d'après Odin, dieu de la mythologie scandinave.

Paysage

La plus grande falaise à oiseaux du Svalbard, parfois haute de plus de 100 m, se compose de colonnes basaltiques impressionnantes sur plusieurs kilomètres. Ici la lave s'est infiltrée, il y a environ 150 à 100 millions d'années, à travers la roche sédimentaire en formant des colonnes, des tours et des créneaux. Dans la brume, ces structures semblent sorties tout droit d'un film fantastique ou d'un conte de fée...
À certains endroits, les couches de calcaire sont encore visibles, en haut et en bas. Le calcaire s'est recristallisé dans la zone de contact avec le basalte, faisant apparaître, en un contraste remarquable, un beau marbre blanc.
La presqu'île entre l'Alkefjellet et le Lomfjord est recouverte par la calotte glaciaire Odinjøkulen, d'où descendent plusieurs glaciers jusqu'au Détroit de Hinlopen. À d'autres endroits, l'eau de fonte forme des cascades dont la couleur tranche avec celle de l'eau de mer. D'autre part, les fientes des oiseaux colorent le basalte noir de blanc et de rose, donnant des motifs qui s'harmonisent avec le vert de la toundra qui tapisse le pied des falaises.

Faune et flore

La grande attraction des ces falaises c'est bien sûr la colonie de guillemots de Brünnich qui nichent juste au-dessus de l'eau par dizaines de milliers (entre 60 000 et 100 000 couples sont des estimations, en l'absence de comptage précis), et se livrent, en saison, à un incessant et bruyant va-et-vient pour nourrir leur progéniture, en compagnie de mouettes tridactyles mais aussi de goélands bourgmestres à l'affût des jeunes guillemots qui doivent se jeter du haut de la falaise pour suivre leurs parents... Et en bas, sur les étendues de toundra, les attendent un autre prédateur, le renard polaire...

La Terre du Nord-est (Nordaustlandet)

Généralités

Avec 14 443 km², la Terre du Nord-Est est la seconde plus grande île de l'archipel du Svalbard et elle exerce de par son éloignement et son aspect austère une attirance particulière. La côte Nord subit la faible influence du Gulf Stream et en été, elle est libre de glace plus tôt que les régions de l'Est et du Sud. Mais les conditions de glace varient fortement et pendant l'été 2014 la partie Nord était prise par les glaces. L'île est recouverte par 4 calottes glaciaires pouvant atteindre une épaisseur de 430 m et elle ne fut explorée qu'à la fin du 19e siècle.
Le climat y est plus froid et plus rigoureux qu'au Spitzberg car la Terre du Nord-Est se trouve du côté froid du Svalbard, tournée vers l'Océan Arctique. La température moyenne estivale est de 0,6°C sur Phippsøya, l'une des 7 Îles, alors qu'à Ny-Ålesund elle affiche en comparaison 3,8°C. Sur Rossøya, l'une 7 îles, se trouve le point le plus situé le plus nord du Svalbard, par 80°49,6' N.
La Terre du Nord-Est, ainsi que toutes les îles alentour, font partie de la Réserve Naturelle de l'Est du Svalbard créée en 1973. Les gros bateaux de croisière qui utilisent le fuel lourd ne peuvent plus naviguer dans cette région, dont la partie Est a été déclarée, en 2014, « zone de référence scientifique » par les autorités norvégiennes.

Paysage

La Terre du Nord-Est est vaste et ses paysages rocheux austères avec ses déserts glacés, contrastent avec ceux rencontrés dans le reste du Svalbard. Au Nord dominent hauts-plateaux et collines, et l'altitude moyenne est en dessous de 400 m. Le point culminant est le Snøtoppen au nord de la Laponiahalvøya avec 620 m. Les régions centrales sont occupées par les calottes glaciaires comme Vestfonna et Austfonna. La Terre du Nord-Est est, au Nord et à l'Ouest, entaillée par une douzaine de fjords et de baies, alors qu'au Sud et à l'Est la ligne côtière reste cachée sous la glace. Les hauts plateaux descendent souvent en falaises abruptes vers les plaines côtières, souvent recouvertes d'anciennes plages surélevées. Les plus grandes se trouvent au nord-ouest, autour du Murchisonfjord, et au sud à Svartknausflya, à l'ouest du glacier Bråsvellbreen. Là, les dépôts sont surélevés jusqu'à 120 m au-dessus du niveau de la mer et on y a découvert d'anciens os de baleines à 70 m au-dessus du niveau actuel.

Environ 11 500 km², soit 80 % de la surface globale sont recouverts par des glaciers ou des calottes glaciaires. Les calottes les plus importantes sont Vestfonna (2450 km²), et le complexe Austfonna/Vegafonna (8492 km²). Au Nord-Est, à l'Est et au Sud la côte est formée par les fronts glaciaires de ces calottes. Du Bråsvellbreen au Sud jusqu'au Kapp Laura au Nord-Est c'est un front de glace ininterrompu de 160 km, le plus long de l'hémisphère Nord. À certains endroits le front de glace, en se retirant, laisse apparaître des îles rocheuses affleurant. Mais le Bråsvellbreen, la partie la plus à l'ouest a connu en 1938 une poussée, un « surge » d'environ 6 km sur une largeur de 36 km.

Faune et flore

Vue de loin la Terre du Nord-Est apparaît froide, inhospitalière et stérile. En fait en de nombreux endroits on peut observer une nature étonnamment riche, surtout près des falaises à oiseaux.
La toundra est pauvre, avec peu de plantes à fleurs, sauf dans quelques endroits protégés où l'on trouvera entre autres le pavot arctique, la luzule, et quelques espèces de saxifrages. Les zones protégées à l'intérieur des fjords présentent de meilleures conditions pour leur croissance. Jusqu'en 1999, on avait répertorié 83 espèces de plantes vasculaires en Terre du Nord-Est (173 pour le Svalbard).
Les lichens en revanche sont nombreux et envahissent de vastes espaces rocheux. Sur les zones de toundra humide, les algues sont présentes et, avec leur capacité de fixer l'azote atmosphérique, elles forment une base importante pour l'écosystème terrestre de la Terre du Nord-Est.
Cette végétation suffit à l'alimentation des quelques rennes disséminés. À part ça, la faune de la toundra reste pauvre en espèces et se limite, à côte du renard polaire, à quelques espèces d'oiseaux, comme le bécasseau violet, le bruant des neiges, le labbe parasite, le lagopède alpin, les oies et les canards. Au nord niche au moins en deux endroits la mouette de Sabine.
En dehors de cela, on compte un nombre étonnant d'espèces d'insectes. Au moins 5 espèces d'araignées et 34 de collemboles peuvent être observées.
Les écosystèmes productifs se trouvent dans la mer, qui est à l'origine de la grande richesse animale, depuis les colonies d'oiseaux, en passant par les phoques, jusqu'aux baleines et ours polaires. Sur la côte nord on trouve ça et là des colonies d'oiseaux marins sur les falaises abruptes, surtout des guillemots de Brünnich et des mouettes tridactyles, mais aussi localement des macareux moines et des mouettes ivoires. À terre niche la sterne arctique.
On peut aussi observer quelques colonies de morses et rencontrer le renard polaire ou les ours polaires errant dans la toundra ou sur la banquise dérivante. Ils ont même été observés traversant la calotte de glace d'Austfonna.
Dans les rivières et lacs d'eau douce de la Terre du NOrd-Est on trouve en abondance l'omble arctique, mais sa pêche est interdite.

Histoire

En raison des conditions de glace toujours très difficiles autrefois, les régions du Nord et de l'Est restèrent largement inexplorées jusqu'au 20e siècle et même aujourd'hui, les eaux de ces régions ne sont pas toujours sondées. Les îles et les côtes du Nord et du Nord-Ouest (Lågøya, Sjuøyane), que le Gulf Stream libérait plus tôt des glaces, étaient connues des baleiniers au début du 17e siècle, sans devenir pour autant des zones de chasses régulières.
Sur plusieurs des îles du Murchisonfjord se trouvent de nombreux sites historiques russes avec notamment les deux seules croix orthodoxes encore debout.

Plusieurs expéditions polaires, cherchant à l'est la route du Pôle Nord, comme celles des anglais Phipps (1773) et Parry (1827), sont arrivées à des hautes latitudes records au nord de la Terre du Nord-Est, mais les côtes resteront encore longtemps inexplorées.
En 1861 le géologue suédois Otto Torell, accompagné par A.E. Nordenskjöld, dirigea une expédition de plusieurs semaines avec un petit bateau (le bateau de l'expédition étant resté au Spitzberg) en longeant la côte nord-est et purent ainsi livrer un aperçu de la géologie et de la topographie des lieux visités (Brennevinsfjord, Beverlysund, Sjuøyane, Nordenskiöldbukta, Kapp Wrede, Kapp Platen).
La première circumnavigation (involontaire) connue de l'île fut effectuée en 1864 par les skippers norvégiens Tobiesen, Mathilas et Årmstrøm, lesquels, profitant de conditions de glaces favorables pendant la chasse au morse, ont pu contourner avec leurs voiliers la côte Nord-Est. Mais la banquise leur barrant le chemin du retour, ils durent abandonner leurs bateaux et longer à la rame avec 7 barques le long front de glace de la côte sud, rejoindre ainsi le Détroit de Hinlopen et remonter jusqu'à la côte nord-ouest du Spitzberg où ils se séparèrent pour chercher de l'aide. C'est seulement dans l'Adventfjord que Tobiesen trouva enfin des secours, après un trajet d'environ 800 km parcouru à la rame pendant 14 jours, ses compagnons ayant déjà trouvé de l'aide avant lui.
En 1871 et 1873 l'anglais Benjamin Leigh Smith, membre du groupe des « gentleman explorers », a entrepris des expédions à bord d'un phoquier norvégien, le « Samson », affrété autant pour la chasse que pour la recherche. Il put ainsi suivre la côte nord de l'île, contribuant ainsi à la connaissance de la région, donnant en passant son nom à un cap au nord-est.
En 1873 c'est à nouveau Nordenskjöld qui, accompagné cette fois par Palander, va traverser en traîneau de grandes parties de la Terre du Nord-Est, ramenant avec lui des connaissances sur des régions encore jamais visitées.

Entre 1899 et 1902 la section suédoise de l'expédition russo-suédoise pour mesurer l'Arc de Méridien, a établi un réseau trigonométrique depuis les Sept Îles jusqu'au Storfjord.
On citera en passant la tentative d'exploration de la malheureuse expédition allemande Schröder-Stranz en 1912-1913.
En 1928, cette terre éloignée sera pendant un temps au centre de l'attention, lorsque l'italien Nobile et l'équipage de son dirigeable Italia vont s'écraser au nord de la Nordaustlandet, déclenchant une énorme action de recherche, au cours de laquelle les connaissances géographiques au nord-est seront considérablement élargies.
Au printemps 1929, le trappeur de Bergen Karl Bengtssen et ses 2 compagnons vont accomplir un voyage remarquable en traîneau à chiens depuis l'île Lågøya jusqu'au Cap Leigh Smith et retour, espérant trouver des restes de l'expédition de l'Italia. En raison des conditions de glaces difficiles et d'une trappe peu productive, la région fut peu fréquentée par les trappeurs et les quelques hivernages au nord de l'île, souvent dramatiques suite à des naufrages et à cause du scorbut, n'eurent pas les résultats escomptés.
Entre 1923 et 1936 ce sont les expéditions d'Oxford qui vont accomplir un travail scientifique fondamental en Terre du Nord-Est. Suite aux premières reconnaissances en 1923 ont lieu en 1924 plusieurs expéditions assez longues en traîneau à chiens sur la calotte de glace. La plus importante contribution sera apportée par l'expédition avec hivernage de A.R. Glen en 1935-36.
Le camp de base était situé à Depotodden dans le Brevenningsfjord et la maison est encore en bon état. Une hutte plus petite à Goosbukta servit de camp intermédiaire, mais elle fut malheureusement détruite en 1944 par le sous-marin allemand qui avait déposé l'équipe de la station météo « Haudegen » dans le Rijpfjord ainsi qu'une autre hutte de trappeur proche datant de 1908. Deux autres stations se trouvaient sur la calotte glaciaire de Vestfonna et furent occupées pendant respectivement 4 et 10 mois. L'essentiel des recherches se concentrait sur la glaciologie, la météorologie et l'ionosphère, mais les voyages en traîneau, notamment en 1934-1935, ont considérablement contribué à la cartographie et à la connaissance en général de la Terre du Nord-Est.
En 1949 et en 1951 les chercheurs d'Oxford continuèrent leurs expéditions en mettant cette fois l'accent sur la côte sud, là où, en 1938, une forte avancée du glacier Bråsvellbreen avait été observée.
L'expédition du Quest du glaciologue suédois H. W. Ahlmann en 1931 sera marquée par un voyage en traîneau à chiens long de 350 km pour explorer l'intérieur encore inconnu de la Terre du Nord-Est et qui permettra, entre autres, de découvrir que les grandes calottes glaciaires Austfonna et Vestfonna sont séparées par la vallée du Rijpdalen qui n'est pas englacée. Pendant ce temps, les collègues de Ahlmann se livraient à leurs travaux scientifiques à la station Sveanor dans le Murchisonfjord.
La photographie aérienne systématique permettant de poursuivre l'exploration de cette région et sa cartographie sera le fait des Norvégiens en 1938.
Une autre étape importante sera accomplie par les travaux scientifiques menés en 1944-45 par l'équipe de la station météo allemande de Haudegen dans le Rijpforden.
Après la guerre, les chercheurs suédois poursuivirent leurs études glaciologiques. En 1956 Valter Schytt, invité sur un brise-glace russe, visita la calotte de Vestfonna. Au lieu d'une brève visite d'une journée, il y séjourna en fait deux semaines : le pilote de l'hélicoptère s'étant enfoncé avec son appareil sur le sol recouvert de glace de l'île Lågøya, c'est un avion russe qui, via la Terre François-Joseph, est venu le récupérer.
Pendant l'Année Géophysique Internationale de 1957-1958 les travaux ont pris une dimension importante depuis la base de Kinnvika du Murchinsonfjord et ont ensuite continué dans un grand programme de recherche lors de l'Année Polaire Internationale (IPY) de 2007-2008. Entre-temps, des recherches furent menées sur cette même station en 2002/2003 par le professeur allemand Hauke Trinks qui hiverna là avec sa compagne Marie Tièche.
Le Nord et l'Est de la Terre du Nord-Est sont des régions on l'on peut aujourd'hui observer l'impact du changement climatique. Dans les années 1980, il était exceptionnel de pourvoir faire le tour complet de l'île ; de nos jours c'est le contraire. À la fin de l'été, il est relativement normal de ne pas trouver de banquise entre les Sept Îles et l'Île Blanche... Pendant l'été 2006, des bateaux de croisières simplement renforcés pour les glaces ont pu naviguer jusqu'à 82°N.

Terre du Nord-est : Ladyfranklinfjord, Brennevinsfjord

Généralités

Ces deux fjords situés au nord-ouest de la Terre du Nord-Est sont parmi les plus rarement visités du Svalbard, en partie parce que les cartes marines indiquent une série de hauts-fonds dangereux.
Le Franklinsund au sud de l'île Lågøya fait partie des eaux les plus difficiles pour la navigation car peu sondées ; de plus, les côtes sont difficilement accessibles et n'offrent aucune protection face aux vents violents. La région fait partie de la Réserve Naturelle de l'Est du Svalbard.

Toponymie

Beverlysundet : d'après C.J. Beverly, chirurgien à bord de l'Hecla lors de l'expédition de Parry en 1827.
Birdvågen : d'après Edward Joseph Bird, membre de l'expédition de Parry en 1827. Il commandera
l'« Investigator » lors de l'expédition Ross à la recherche de John Franklin en 1848-49. Nommé amiral en 1875.
Botniahalvøya : d'après le Golfe de Botnie entre la Suède et la Finlande.
Brennevinsfjord : le fjord de « l'eau de vie ». Ancien nom remontant au 17e siècle, origine inconnue.
Kapp Hansteen : d'après Christopher Hansteen, 1784-1873, astronome norvégien, professeur à l'Université d'Oslo. Nom attribué par les suédois en 1861.
Kapp Rubin : d'après le Dr. Sven Tryggve Salomon Rubin, né en1874, géodésiste suédois, au Spitzberg en 1899-1900, 1901 et 1902 avec l'expédition russe de mesure d'arc de mériden.
Claravågen : d'après Clara Maria Kulling (1866- ?), mère de O. Kulling, géologue suédois et membre de l'expédition Ahlmann en 1931.
Lady Franklinfjord : nommé par Nordenskjöld, d'après Lady Jane Franklin, seconde femme de l'explorateur anglais Sir John Franklin ; elle déclencha une série d'expéditions de recherche après la disparition de son mari et des 129 membres de l'expédition en 1845 dans le Passage du Nord-Ouest.
Franklinsund : d'après Sir John Franklin.
Laponiahlavøya : d'après la Laponie suédoise.
Wargentinflya : d'après Pehr Wilhelm Wargentin (1717-1783), astronome suédois, nom attribué par Torell. À l'est du Brennevinsfjord toute une série de noms rappelle l'expédition en avion de Roald Amundsen en 1925.

Paysage

Paysage typique de la Terre du Nord-Est avec de hauts plateaux descendant vers la mer soit en pente douce soit, surtout dans le nord, de façon abrupte, comme à l'entrée du Brennevinsfjord. À l'intérieur du Lady Franklinfjord s'écoulent des glaciers impressionnantes, les Franklinbreane, produisant une quantité d'icebergs. Sur la côte ouest on a un large paysage austère et plat mais avec des formes côtières intéressantes comme des plages surélevées et des lagunes.

Faune et flore

C'est un désert polaire pauvre en végétation, où croissent algues, mousses et lichens à côté de quelques plantes à fleurs. Les eaux baignant les côtes ouest et nord sont plus chaudes qu'à l'est et sont donc plus productives, alimentant ainsi les colonies d'oiseaux marins sur les falaises (fulmar boréal, goéland bourgmestre, mouette tridactyle, mergule nain, guillemot de Brünnich et à miroir). L'ours polaire peut être vu partout et tout au long de l'année.

Histoire

Au 17e siècle les côtes étaient connues des baleiniers, quelques tombes sont là pour en témoigner.
Au 19e siècle Parry tenta de pénétrer en juin dans le Brennevinsfjord mais se heurta aux glaces présentes le long de la côte ; plus tard, Nordenskjöld rencontra le même problème et ne put y arriver qu'en août. Les chasseurs de morse fréquentaient le fjord une fois libre de glaces.
Les trappeurs norvégiens ont ensuite fréquenté la région en pratiquant plusieurs hivernages, dont l'un eut une fin tragique. Pendant l'été 1909 des trappeurs installés sur l'île Lågøya rendirent visite à leurs 4 voisins dans le Beverlysund au Kapp Rubin et durent malheureusement constater qu'ils étaient tous morts du scorbut. Le manque d'équipement et d'expérience ont souvent contribué à une issue tragique des hivernages. Dans l'un des journaux de bord on pouvait lire que le chef d'expédition Sivertsen enfermait parfois ses compagnons dans la hutte, tandis qu'il partait à la chasse...
Quelques années plus tard la hutte de Sivertsen dans le Beverlysund jouera aussi un rôle lors d'une expédition polaire qui aurait pu, elle aussi, connaître une issue tragique. Après que Theodor Lerner, à la recherche de l'expédition disparue Schröder-Stranz au printemps 1913 fut informé qu'il avait été précédé par une expédition de secours norvégienne, fit naufrage près du Kapp Rubin avec son bateau, le Lövenskjöld et trouva refuge pour quelques semaines avec ses compagnons dans la hutte de Sivertsen, jusqu'à ce que les conditions de glace leur permettent le retour avec un bateau de sauvetage. Une expédition allemande tentera pendant l'été 2005 de retrouver l'épave du bateau de Lerner, mais resta sans succès.
En 1925, Roald Amundsen atterrit avec 5 hommes en hydravion, sur le chemin du retour après un atterrissage forcé par 88°N dans le Brennevinsfjord, avant d'être récupéré peu de temps après par un phoquier norvégien.

L'île Lågøya

Généralités

Lågøya, « l'île plate » d'après le paysage qu'elle offre, 14 km de long et 12 de large, est située à l'entrée du Lady Franklinfjord (Nordaustlandet), entourée d'eaux peu profondes, non sondées et avec des hauts-fonds. La pointe nord fut autrefois un but d'excursion apprécié des croisièristes, mais depuis 2014 ses côtes ouest et nord sont interdites d'accès pendant la saison de reproduction des oiseaux du 15 mai au 15 août. En 1973, l'île est incluse dans la création de la Réserve Naturelle de l'Est du Svalbard.

Toponymie

Lågøya : « l'île basse », appelée autrefois Low Island.
Meyerbukta : d'après le trappeur Meyer Olsen, qui hiverna sur l'île.
Mollbukta : d'après Hermann Moll, cartographe hollandais.
Purchasneset : d'après Samuel P.urchas (1577-1626), écrivain anglais.

Paysage

Dans son ensemble l'île est plate, ne dépassant pas une cinquantaine de mètres de haut à l'est ; c'est un paysage désertique dépourvu de glace, mais on notera la présence de superbes plages fossiles, une abondance de bois flotté, et à certains endroits des sols structurés par le permafrost. On y rencontre un grand nombre de lacs peu profonds et de lagunes.

Faune et flore

Il s'agit d'un désert polaire froid, où, à part quelque plantes à fleurs, dominent les lichens, les mousses et les algues. Autour des lacs on pourra observer le phalarope à bec large et l'eider à duvet près des côtes. La mouette de Sabine y est régulièrement observée et semblerait nicher à la pointe nord de l'île. Là s'est installée une colonie de morses facile à observer et l'ours polaire y est régulier.

Histoire

Lågøya était connue des baleiniers dès le 17e siècle et à la pointe nord, à Purchasneset, se trouvent quelques tombes datant de cette époque. En 1773 l'anglais Phipps visita l'île avec le Dr Irving, notant la présence de quelques rennes, de canards et d'oies ainsi que de morses. Il fut frappé par la grande quantité de bois flotté. Un autre anglais, Parry, y fit escale en 1827.
Par la suite, l'île fut surtout fréquentée occasionnellement par quelques trappeurs norvégiens au début du 20e siècle. Dans la Mollbukta, sur la côte est, se trouve une hutte en ruine construite en 1908 par Sverdrup Zachariassen de Tromsø, qui hiverna avec d'autres trappeurs, abattant 30 ours pendant l'hiver. La hutte ne fut réutilisée qu'en 1923/24 par le trappeur Meyer Olsen et ses 4 compagnons, alors que la banquise les avait empêché de rejoindre la côte est du Groenland.
En 1928, le trappeur Karl J. Bengtssen (1886-1939) de Bergen construisit une autre hutte au nord, où il hiverna avec deux autres hommes. Au printemps 1929, ils parcoururent la côte nord de la Terre du Nord-Est, jusqu'au Cap Leigh Smith, à la recherche de survivants après le crash du dirigeable Italia, mais en vain. En juillet, ils rejoignirent à la rame Ny-Ålesund en 18 jours.

Terre du Nord-est : Les Sept Îles (Sjuøyane)

Généralités

Un petit groupe d'îles au nord du Nordaustland, par 80° 45' N, séparées de la Terre du Nord-Est par un détroit large de 13 km, le Nordkapsundet, et où se trouvent les îles les plus nordiques du Svalbard : Vesle Tavleøya et Rossøya (80° 50' N, à 1018 km du Pôle Nord). Le groupe comprend en fait 8 îles, en comptant Waldenøya, située un peu à l'écart. Les plus grandes sont Phippsøya (26 km²), Martensøya (19 km²) et Parryøya (18 km²). Les plus nordiques sont difficiles à aborder avec leurs côtes abruptes, en revanche les plus grandes offrent des possibilités d'excursions, à condition que la météo, les conditions de glace et les ours polaires le permettent... de plus les eaux mal sondées ne rendent pas la tâche facile. Le courant chaud de l'Ouest du Spitzberg, une branche du gulfstream, vient baigner l'archipel des Sept Îles, lui conférant une saison libre de glace relativement longue. Les Sept Îles font partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard.

Liste des îles du nord au sud (en gras les plus grandes) :

  • Rossøya
  • Vesle Tavleøya
  • Tavleøya
  • Phippsøya
  • Martensøya
  • Parryøya
  • Nelsonøya
  • Waldenøya

Toponymie


Les noms de la plupart des îles ont été donnés en 1861 par Otto Torell et Adolf Erik Nordenskjöld et se rapportent aux membres d'expéditions qui ont navigué autrefois dans ces régions, lors des expéditions anglaises au Pôle Nord de Phipps (1773) et de Parry (1827).

Expédition de Phipps en 1773 :

Nelsonøya : d'après Horatio Nelson (1758-1805), aspirant dans l'expédition de Phipps.
Phipps : d'après C. John Phipps (1744-1792), commandant de l'expédition.
Waldenøya : d'après John Walden, aspirant, visita l'île qui porte son nom.

Expédition de Parry en 1827 :

Parryøya : d'après William Edward Parry (1780-1855), commandant de l'expédition.
Rossøya : d'après James Clark Ross (1800-1862), qui deviendra lui-même un célèbre explorateur.

Autres noms :

Martens : d'après Friedrich Martens, de Hambourg, médecin de bord lors d'un voyage au Spitzberg en 1671, dont il publiera la première description.
Tavleøya : île « tabulaire ».
Vesle Tavleøya : « petite île tabulaire »
Isflakbukta : la « baie des blocs de glace »

Paysage

Les Sept Îles sont marquées par les caractéristiques du paysage du Nordaustland, avec de hauts plateaux à 300-400 m (465 m au maximum sur Phippsøya), descendant la plupart du temps en pente raide vers la mer, sinon en plaines côtières pierreuses, recouvertes d'anciennes plages fossiles. On peut facilement imaginer que cet archipel, il y a 12000 ans quand le sol a commencé à se soulever, était constitué d'un nombre d'îles bien plus élevé qu'aujourd'hui, avec des sommets sortant de la mer et des plaines côtières situées 100 m plus bas. Vue d'une certaine perspective la petite île Nelsonøyan, avec son sommet à 140 m et ses pentes abruptes, ressemble à un haut-de-forme. Sur les falaises nichent guillemots de Brünnich et macareux moines.

Faune et flore

C'est la toundra du haut-arctique, où les plantes à fleurs cèdent la place aux mousses et aux lichens. À certains endroits bénéficiant d'un micro-climat on rencontrera le pavot arctique et quelques espèces de saxifrages. Les falaises et les pentes escarpées abritent quelques colonies d'oiseaux marins, notamment mergules nains, guillemots à miroir, guillemots de Brünnich. Sur Vesle Tavleøya se trouve la colonie de macareux moines la plus nordique de l'Atlantique Nord et Phippsøya abrite l'une des rares colonies de mouettes ivoires. À proximité de la banquise on pourra avoir la chance d'observer d'autres oiseaux rares comme le labbe pomarin, la mouette de Sabine et pourquoi pas la rarissime mouette de Ross...
Sur les Sept Îles se trouvent plusieurs sites de repos pour les morses, le plus intéressant étant à Isflakbukta sur Phippsøya, où l'on peut observer jusqu'à une centaine d'individus. L'ours polaire peut-être vu partout en été, sa présence étant aussi liée aux déplacements de la banquise dérivante. On peut observer aussi le renne, en faible nombre, sa population n'étant pas chiffrée, avec des échanges avec celle de la Terre du Nord-Est. Le renard polaire a déjà été observé, mais la présence de terriers n'est pas avérée.

Histoire

Les Sept Îles furent marquées pour la première fois sur une carte par le Hollandais Hendrick Doncker (1663), suivi bientôt par Pieter Goos (1666) et d'autres cartographes. Cornelis Giles et Outger Rep (vers 1710) furent les premiers à positionner correctement les îles. Ces dernières ont pu être aperçues des 1618 par un baleinier originaire de Enkhuizen.
La toponymie a ensuite immortalisé toutes les autres expéditions qui explorèrent la région. Les Sept Îles furent visitées par Torell et Nordenskjöld en 1851 et mesurées avec exactitude par l'expédition de mesure de l'arc de méridien (1899-1902). Sur la petite île Waldenøya ont séjourné plusieurs expéditions, notamment celle de Walter Wellmann en 1894 et dont le bateau coula à proximité. Il tenta malgré tout d'avancer vers le Pôle Nord mais dut bientôt rebrousser chemin.
À Isflakbukta (Phippsøya) se trouve une petite hutte construite en 1936 lors de l'expédition de l'inspecteur des mines Hans Merckoll. Plusieurs de ces huttes de secours furent bâties cette année-là dans l'Est du Svalbard pour aider les marins en détresse lors d'un naufrage. Celle-ci est un monument culturel et bien conservée.

Terre du Nord-est : Chermsideøya, Rijpfjord, Duvefjord, Orvinland

Généralités

La côte centrale de la Terre du Nord-Est est entaillée par des fjords profonds et les eaux mal, voire pas du tout sondées, présentent des hauts-fonds rendant la navigation difficile. Ceci concerne surtout les détroits autour de l'île Chermsideøya, la côte ouest de la Nordenskjöldbukta et Orvin Land à l'est du Duvefjord. Les conditions de glace sont parmi les plus difficiles du Svalbard et la région n'est donc pas souvent accessible. Elle fait partie de la Réserve Naturelle de l'Est du Svalbard et constitue, depuis 2014 une « zone de référence scientifique ». La zone autour de la station météo allemande « Haudegen » dans le Rijpfjord est interdite d'accès depuis 2010.

Toponymie

Albertinibukta : d'après Gianni Albertini (1902), membre d'une expédition de recherche lors de la catastrophe du dirigeable Italia.
Bengtssenbukta : d'après le trappeur Karl J. Bengtssen (1886-1939), qui hiverna de nombreuses fois au Svalbard et participa à l'expédition de Glen en Terre du Nord-Est en 1935-36.
Beverlysund : d'après C. J. Beverly, chirurgien à bord de l'"Hecla" lors de l'expédition de Parry en 1827.
Chermsideøya : d'après Herbert Chermside (1850-1929), membre de l'expédition de Leigh Smith, Gouverneur du Queensland (Australie) (1902-1907).
Duvefjord : le « fjord des pigeons », nom attribué au début du 18e siècle.
Finn Malmgrenfjord : d'après Finn Malmgren (1895-1928), membre disparu de l'expédition de Nobile.
Glenhalvøya : d'après Alexander Richard Glen (1912-2004) écossais, leader de l' Oxford University Expedition en 1933, d'une expédition privée au Spitzberg en 1934, et leader de l'Oxford University Expedition en Terre du Nord-Est en 1935-36 (hivernage).
Kapp Bruun : d'après Carsten Henrik Carstensen Bruun (1828-1907), marin et baleinier norvégien de Tønsberg. Il fit des observations météorologiques pour le professeur H. Mohn d'Oslo, et reçut la médaille d'or l'Association scientifique de France.
Kapp Platen : d'après Baltzar Julius Ernst von Platen (1804-75), officier de la marine suédoise. Membre de l'expédition d' A. E. Nordenskiöld en1864.
Kapp Wrede : d'après Fabian Jacob Wrede (1802-1893), officier et scientifique suédois.
Nordenskiöldbukta : d'après l'explorateur suédois Nils Adolf Erik Nordenskiöld (1832-1901), qui visita la région en 1861.
Orvin Land : d'après Anders Kristian Orvin (1899-1980), géologue norvégien.
Prins Oscars Land : d'après le Prince Oscar, plus tard Roi Oscar II de Norvège et de Suède en 1872-1905.
Repøyane : d'après Outger Rep (17e/18e siècle), capitaine baleinier hollandais.
Rijpfjord : d'après Jan Cornelisz Rijp, membre de l'expédition de Willem Barentsz.
Wordiebukta : d'après James Mann Wordie (1889-1962), géologue et explorateur polaire anglais.
Zorgdragerfjord : d'après Cornelis Gisberts Zorgdrager, capitaine baleinier au Spitzberg après 1690 et chroniqueur hollandais.

Paysage

Rocheux et austère. Les régions proches de la côte ne sont pas englacées, au fond du Duvefjord s'écoule un glacier venant de la calotte Austfonna. À l'est du Duvefjord c'est une côte libre de glace avec des îles rocheuses et des hauts-fonds. L'arrière-pays est recouvert par la calotte glaciaire d'où s'écoulent de grands glaciers jusqu'à la côte.
La côte à l'est du Nordkapp comporte de nombreux fjords qui se divisent en grandes et petites péninsules bien découpées.

Faune et flore

Les falaises abruptes abritent des colonies d'oiseaux marins comme celle de mouettes tridactyles au Kapp Bruun. Les morses occupent quelques aires de repos sur les plages. L'ours polaire est régulier sur la banquise dérivante et le long des côtes. Le renne et le renard polaire fréquentent aussi la région.

Histoire

La grande baie entre le Nordkapp et le Kapp Platen fut explorée par le suédois Nordenskjöld en 1861.
La grande « attraction » historique de la région sont les « géoglyphes » sur l'île Chermsideøya. D'une façon ou d'une autre s'est développée une tradition parmi les explorateurs, à savoir écrire le nom de leur bateau, des dates ou des symboles avec des pierres sur le site Ursinodden, appelé aussi « graffiti beach », chaque géoglyphe racontant une histoire différente. La plus ancienne date de 1898, inscrite par les membres suédois de l'expédition pour mesurer l'arc de méridien, lesquels hiverneront l'année suivante à Crozierpynten dans le Sorgfjord.
Trente ans plus tard, en 1928, ce sont les équipages du brise-glace russe Krassin et du Red Bear, qui laisseront leur message en cyrillique, alors à la recherche de l'expédition Nobile, disparue à bord du dirigeable Italia.
Le plus récent vestige représente une croix gammée, assemblée là par de jeunes scientifiques allemands en 1939. Elle est régulièrement détruite mais à chaque fois réassemblée en tant que vestige historique.
Des vestiges d'une croix orthodoxe russe sont visibles près de la svastika sur la plage.

Au Kapp Rubin, plus au nord-ouest et au bout de la Laponiahalvøya, se trouvent les vestiges de la station principale de l'expédition Sivertsen, la « Sivertsenhytta », qui fut utilisée pour des opérations de sauvetage (la station secondaire se trouve sur Chermsideøya). Les trois membres de l'expédition y sont morts lors d'un dramatique hivernage en 1908-1909.

En août 1912 la « Deutsche Arktische Expedition » déposa Herbert Schröder-Stranz avec 3 compagnons, des chiens, des traîneaux et des bateaux au milieu de la Nordenskjöldbukta, sur la banquise dérivante. Le but de l'expédition était la traversée de la Terre du Nord-Est. Depuis, les 4 hommes ont disparu et seuls quelques morceaux de leur équipement furent retrouvés. Pendant l'été 2005 on a découvert dans la baie de Dokka dans le Duvefjord, un ancien camp qu'on a pu attribuer à cette malheureuse expédition.

En septembre 1944 un sous-marin et un bateau-météo allemands déposent, dans la Wordiebukta au fond du Rjpfjord une équipe météo de la marine de guerre sous le commandement de Wilhelm Dege.
L'isolement et les difficiles conditions de glace constituaient une protection naturelle pour cette mission météo répondant au nom de code « Haudegen ». Lors d'une circumnavigation de la Terre du Nord-Est avec le sous-marin furent constitués plusieurs dépôts, dans le Wahlenbergfjord (Bodleybukta), l'Albertinibukta (Bergströmodden), le Duvefjord (Depotlaguna, Innvika). À partir du 30 novembre les données météo codées furent envoyées 4 fois par jour en Norvège. Le reste du temps le géographe Wilhelm Dege fit de nombreuses excursions à but scientifique. Après la fin de la guerre les munitions furent détruites et les données expédiées en clair. Ce n'est que le 3 septembre 1945 qu'un navire norvégien entra dans la baie pour récupérer l'équipe au complet, qui capitula le jour suivant officiellement en tant que dernière unité allemande à se rendre...
Aujourd'hui la station Haudegen est la seule de la « guerre-météo » du Svalbard qui se trouve dans un assez bon état. Depuis 2010, les bâtiments sont interdits d'accès.

Terre du Nord-Est : Les Îles Karl XII Øya, Brochøya, Foynøya

Généralités

Ces petites îles du bout du monde sont très isolées et font toutes partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard. Comme ailleurs dans cette région les eaux y sont mal sondées, les conditions de glace difficiles, ce qui complique l'accessibilité.

Toponymie

Brochøya : d'après Ole Jacob Broch (1818-1889), mathématicien et politicien norvégien.
Foynøya : d'après Svend Foyn (1809-1894), marin et baleinier norvégien, qui mit au point le canon-harpon pour chasser les gros cétacés.
Karl XII Øya : d'après Karl XII, roi de Suède (1682-1718).

Paysage

Avec ses 10 km², Foynøya est la plus grande de ces 3 îles. Brochøya et Foynøya se composent d'arêtes rocheuses massives et arrondies, sortant de la mer de façon abrupte et peu engageante. Elles possèdent quelques plages étroites mais pas de baies abritées.
L'île Charles XII est une île étroite d'environ 2 km de long, La partie nord est composée d'une tour rocheuse abrupte culminant à 105 m (Kongsberget), où vient s'appuyer une longue arête plate tandis que la partie sud descend en terrasses et se termine en plaine côtière haute de 30 m (Drabanten).
À la fin du 19e siècle Charles XII se composait encore de 2 îles distinctes, mais entre-temps s'est formée une plage de gravier, appelée « tombolo » qui relie les îles entre elles aujourd'hui.
Sur ces petites îles se trouvent des quantités impressionnantes de bois flotté.

Faune et flore

Peu de végétation sur ces îles essentiellement rocheuses.
Sur Foynøya se trouvent une colonie de sternes arctiques et d'autres espèces comme des guillemots à miroir, des macareux moines et quelques fulmars boréaux.
Charles XII héberge une petite colonie de mouettes tridactyles sur les falaises de sa partie nord.
Les morses, environ une centaine, sont réguliers sur ses côtes et l'île est en général le refuge estival de plusieurs ours polaires.
On y découvert en outre des restes de carnivores marins de l'époque des dinosaures.

Histoire

C'est l'anglais B. Leigh Smith qui, en 1871, aperçu le premier les îles Foynøya et Brochøya. Quant à l'île Charles XII, elle fut découverte en 1861 par Torell et Nordenskiöld. Arnold Pike la visita en juillet 1897, suivi par Nathorst en 1898, et plus tard s'y arrêteront les membres de l'expédition suédo-norvégienne au Svalbard en 1931.
Il est probable aussi que des chasseurs de phoques connaissaient déjà ces îles mais sans jamais révéler leurs observations.
Ces 3 îles seraient probablement retombées dans l'oubli, si le 25 mai 1928, le dirigeable Italia d'Umberto Nobile, de retour du Pôle Nord, ne s'était écrasé au nord de Charles XII. Lors du crash qui fit une victime, une partie de l'aéronef disparut à jamais avec 6 hommes à bord. Les 9 survivants installèrent un camp sur la banquise avec du matériel récupéré, ce sera la célèbre « tente rouge ». Le 30 mai une terre est en vue, probablement l'île Foynøya, que 3 hommes, les Italiens Zappi et Mariano, ainsi qu'un suédois, Finn Malmgren, vont tenter de rejoindre. Ce dernier va disparaître, alors que les Italiens seront récupérés plus tard par le brise-glace soviétique Krassin.
Le 23 juin un avion suédois se pose sur la glace près de la tente rouge pour évacuer Nobile blessé et sa chienne Titina. La tentative suivante se solde par un atterrissage forcé. Entre-temps, le camp continue à dériver vers l'est jusqu'à ce que les rescapés soit sauvés par le Krassin le 12 juillet, après 49 jours passés sur la glace.
Le Hollandais Josef van Dongen et l'Italien Gennaro Sora, partis à la recherche de Nobile en traîneau à chiens, devront se réfugier sur Foynøya, où ils resteront du 4 au 13 juillet, avant d'être récupérés par un avion suédois.

Terre du Nord-est : Isispynten, Austfonna, Bråsvellbreen

Généralités

L'est de la Terre du Nord-Est est en grande partie recouvert par la calotte glaciaire d'Austfonna, qui, avec celle de Vegafonna, représente 8 492 km² et fait ainsi partie des plus grands glaciers en dehors de Groenland et de l'Antarctique. La côte est en fait, dans sa plus grande partie, constituée du front de glace de l'Austfonna, interrompue seulement an nord-est par quelques rochers qui dépassent sous la glace. Cette falaise de glace ininterrompue est longue d'environ 160 km, soit la plus longue de l'hémisphère nord. À la surface du glacier, seules quelques crevasses sont visibles, mais en été par contre s'y forment des rivières de fonte, qui, ensuite, plus au sud, vont se précipiter dans l'océan en de belles cascades.
Le glacier Bråsvellbreen constitue la partie sud de la calotte et forme, à l'intérieur de celle-ci, son propre système de drainage, d'où la glace s'écoule en partant des régions centrales. En 1937-38 le glacier a connu une avancée soudaine et puissante, un « surge », à laquelle il doit son nom (brå = soudain ; svell = grossir). En 2014, certaines parties de l'Austfonna montraient à nouveau les signes évidents d'une avancée.
La région fait partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard et est classée comme zone scientifique de référence depuis 2014.

Toponymie

Austfonna : la «calotte glaciaire de l'est ».
Bråsvellbreen : voir ci-dessus.
Cuchnovskijodden : d'après l'aviateur russe Čuchnovskij, qui participa aux recherches de l'expédition d'Umberto Nobile avec son dirigeable Italia en 1928.
Frostøyane : adaptation en norvégien d'un mot anglais.
Hartogbukta : d'après John M. Hartog, glaciologue, qui visita la Terre du Nord-Est en 1949 et 1951.
Isispynten : d'après la rivière Isis qui traverse Oxford, nom attribué en 1924 par une expédition anglaise.
Italiaodden : d'après le dirigeable italien Italia, qui s'écrasa sur la banquise lors de l'expédition d'Umberto Nobile en 1928 près de l'île Foynøya.
Kapp Bruun : d'après Carsten Henrik Bruun (1828-1907), marin et baleinier norvégien. Il fit des observations météorologiques dans l'Océan Arctique pour le professeur H. Mohn d'Oslo. Il reçut la médaille d'Or de l'Association Scientifique de France.
Kapp Laura : d'après Laura Albertini, la mère de Giovanni Albertini, qui, en 1928, prit part aux recherches de l'expédition Nobile
Kapp Leigh Smith : d'après Benjamin Leigh Smith (1828-1913), explorateur polaire anglais ; visita le Spitzberg en 1871 sur le phoquier norvégien « Samson » en 1871 et en 1873 sur le S/S « Diana ».
Kapp Mohn : d'après Henrik Mohn (1835-1916), météorologue norvégien.
Klerckbukta : d'après Christian Falsen Klerck (1817-1891), shériff à Kautokeino en Norvège (1852-54), vécu comme trappeur au Spitzberg en 1847, 1848 et 1849, avec son sloop « Ellida ».
Ulvebukta : d'après Erik Andreas Ulve (1833-1896), skipper et explorateur norvégien au Spitzberg avec Leigh Smith en 1871 et 1873.
Vibebukta : d'après Andreas Vibe (1801-1860), inspecteur norvégien au bureau du Geographical Survey of Norway (1836-1860).
Worsleybreen : d'après le commandant Frank Arthur Worsley (1872-1943), officier de la marine britannique, né en Nouvelle-Zélande, chef d'une expédition anglaise au Spitzberg et en Terre François-Joseph en 1925.

Paysage

Dans les années 90, Isis était encore une presqu'île reliée à la calotte ; aujourd'hui complètement dégagée en raison du recul continuel du glacier et nommée Isisøya sur les cartes remises à jour, elle présente un paysage lunaire de moraines et de collines pointues parsemées de blocs erratiques, avec de petites mares et une baie appréciée des sternes arctiques établies en colonies. Morses et ours y sont réguliers.

Histoire

Lorsque Ellings Carlsen, lors de son fameux voyage en 1863, accomplit la première circumnavigation de la Terre du Nord-Est avec le Jan Mayen, il s'orienta à l'aide d'une carte, selon laquelle le détroit entre la Terre du Nord-Est et l'île Storøya était large de 30 km. Mais il se révéla en fait si étroit que Carlsen préféra passer à l'est de l'île. De même les îles Frostøyane situées un peu plus au sud disparaissaient à l'époque sous le glacier suite à sa forte progression les années auparavant.
Les premières traversées de la calotte de glace furent accomplies par Nordenskiöld en 1873, Binney en 1924, Ahlmann en 1931 et Glen en 1936. Isispyten fut découverte en 1924 par Binney.

Terre du Nord-est  : Wahlenbergfjord

Généralités

Large d'environ 10 km sur toute sa longueur, le Wahlenbergfjord s'enfonce sur près de 60 km à l'intérieur de la Terre du Nord-Est et comprend une baie, la Palanderbukta, sur sa côte sud, l'ensemble étant entouré de paysages uniques de désert polaire. C'est le domaine des ours blancs.
À l'entrée du fjord se trouvent deux petites îles, les Gyldenøyane ; la région fait partie du de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard. Les cartes marines comportent en partie des zones non sondées.

Toponymie

Bodleybukta  : d'après Sir Thomas Bodley (1545-1613), fondateur de la Bibliothèque Bodley à Oxford.
Etonbreen  : d'après le Eton College de l'Université d'Oxford.
Gyldenøyane  : d'après Hans Olof Fredrik Gyldén, (1867, ... .) officier de la marine suédoise, membre de l'expédition russo-suédoise de mesure de l'arc de méridien en 1901, comme capitaine de vaisseau.
Kløverbladbukta  : la « baie de la feuille de trèfle », d'après sa forme.
Oxfordhalvøya  : d'après l'Université anglaise et de l'expédition éponyme.
Palanderbukta  : d'après le Baron A.A.Louis. Palander (1842-1920), explorateur polaire suédois. Participa à plusieurs expéditions de Nordenskiöld.
Vegafonna  : d'après le Vega, le bateau de Nordenskiöld lors du Passage du Nord-Est (1878-1879), avec Palander comme capitaine.
Wahlenbergfjord  : d'après Göran Wahlenberg (1780-1851), botaniste et géologue suédois.

Paysage

 

C'est un vaste désert polaire d'une austérité impressionnante. De tous côtés le Wahlenbergfjord est entouré de calottes glaciaires qui se ramifient en une dizaine de glaciers, ce qui confère un caractère haut-arctique au panorama. À proximité de la côte on trouve quelques bandes de terrain libres de glace, qui se déclinent parfois en falaises abruptes. Ces dernières sont particulièrement impressionnantes à Selanderneset, à l'entrée du fjord, avec une hauteur de 200 m. Plus à l'intérieur du fjord, d'autres bandes de terrain permettent d'assez longues randonnées dans ce paysage fascinant (Palanderdalen, Zeipelodden, Kløverbladbukta).
Entre les calottes de glace des couloirs permettent le passage d'un fjord à l'autre  : la vallée Palanderdalen sur la côte ouest de la Palanderbukta, mène, entre les calottes Glitnefonna et Vegafonna et à travers la péninsule Scaniahalvøya, jusqu'à la baie Augustabukta dans le Détroit de Hinlopen ; et depuis l'intérieur du Wahlenbergfjord une large vallée, la Rijpdalen, conduit au Rijpfjord.
Sur les terrains plus plats en bord de côte il y a des plages surélevées bien visibles, ainsi que des sols structuraux impressionnants, par exemple à Zeipelodden.

Faune et flore

La végétation y est pauvre et l'on trouvera quelques plantes à fleurs comme le pavot du Svalbard, le saxifrage à feuilles opposées et des lits de mousses. Malgré tout vivent ici quelques rennes qui profitent, à l'instar des oies, des zones de nourritures dans les corridors libres de glace. Dans la mesure où la banquise est encore présente dans le fjord, on a alors de bonnes chances de voir des morses et des ours polaires.

Histoire

Les travaux d'explorations au 19e siècle on été accomplis par les Suédois, y compris la première traversée des calottes glaciaires. En 1933-34 ont hiverné 2 trappeurs norvégiens dans la hutte principale de la baie Augustabukta, où ils perdirent la vie en janvier 1934 dans des circonstances inexpliquées, peut-être à la suite d'une explosion. Dans la Palanderbukta (Palanderdalen), se trouvent encore les restes d'une hutte, construite en 1933 par ces deux trappeurs.
Dans la Bodleybukta fut installé en 1944 un vaste camp de secours pour la station météo allemande Haudegen, basée dans le Rijpfjord.

Terre du Nord-est : Murchisonfjord

Généralités

Le fjord le plus occidental de la Terre du Nord-Est est séparé du Détroit de Hinlopen par un groupe de petites îles. Il pénètre sur 15 km à l'intérieur des terres et fait partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard. Le fjord est parsemé de petites îles et de baies abritées qui donne le choix pour les sites de débarquement, tout en tenant compte bien sûr des conditions de glace parfois difficiles même en été, mais aussi des hauts-fonds ; le bateau de croisière allemand Hanseatic s'est échoué dans cette zone le 13 juillet 1997. Après avoir été évacué, dégagé et inspecté, il a pu poursuivre sa route.
Les croisières visitent ce fjord pour sa nature unique du haut-arctique, ses vestiges de l'ère des trappeurs russes, ses colonies de morses et sa station de recherche Kinnvika.

Toponymie

Celsiusberget  : d'après Anders Celsius (1701-1744), astronome suédois, inventeur de l'échelle thermométrique.
Depotøya  : d'après un dépôt placé ici par l'expédition suédoise au Spitzberg de 1861.
Floraberget  : d'après l'abondante végétation sous une colonie d'oiseaux marins.
Kinnvika  : d'après Kinneviken, une baie du Lac Vänern en Suède.
Indre Russøya  : « l'île russe intérieure ».
Kvalrosspynten  : la « pointe des morses ».
Krossøya  : « l'île de la croix »
Murchisonfjord  : d'après Sir Roderick Murchison (1792-1871), géographe anglais.
Nordre Russøya  : « l'île russe du nord »

Paysage

 

Comme ailleurs sur la Terre du Nord-Est ce paysage ouvert frappe par son immensité et son vide apparent. Mais une fois sur place on découvre beaucoup de détails intéressants, comme des sols polygonaux insolites ou des traces du soulèvement postglaciaire (plages surélevées, os de baleines, bois flotté se trouvant au dessus de la bande côtière). Intéressantes sont aussi les langues de terre et les nombreuses îles à l'entrée du fjord qui, marquées par la structure géologique, s'étirent parallèlement selon une direction nord-sud. Autour du Murchisonfjord s'étendent de vastes zones plates et des paysages de collines ; au sud s'élève la calotte de glace Vestfonna au-dessus de l'horizon.

Flore et faune

C'est un désert froid avec peu de végétation, mis à part un coin de verdure, la Florabukta, dont la richesse botanique est due à la présence d'une colonie de mouettes tridactyles sur le Floraberget.
Les ours polaires errent le long des rivages, traversent les îles et les morses se laissent observer assez régulièrement.

Histoire

Jadis les Pomores ont exploité les produits de la mer et avaient installé au moins une station de trappe dans le Murchisonfjord. Une particularité de ce dernier sont deux croix orthodoxes pratiquement complètes, l'une sur Krossøya et l'autre sur Nordre Russeøya. Après les Pomores, le fjord, comme la Terre du Nord-Est en général, fut peu utilisé comme terrain de chasse.
En 1902-1903, quatre Norvégiens, dirigés par le Danois Henry Ette, ont hiverné dans leur hutte sur
Søre Russeøya. Tous les cinq ont souffert du scorbut, deux en sont morts, les autres ont survécu grâce à de la viande d'ours fraîche.
En 1923 une hutte fut construite dans la Florabukta et utilisée l'hiver suivant, en même temps qu'une autre dans le Lady Franklinfjord et une troisième dans le Langgrunnodden datant sans doute de 1908. Le dernier hivernage de trappeurs eut lieu en 1972/73, juste avant l'interdiction de la chasse à l'ours polaire au Spitzberg. Fredrik Rubach et son fils Odd Icar Ruud construisirent pour leur hivernage une hutte dans le Vestre Tvillingodden, à l'ouest de Kinnvika, qu'ils appelèrent « Caribou ».
L'expédition avec le bateau Quest, de Hans Wilhelmsson Ahlman, géographe et glaciologue suédois pendant l'été 1931, a beaucoup contribué à la connaissance de la Terre du Nord-Est, y compris des calottes de glace. Le camp de base était la station Sveanor établie sur la côte sud du Murchisonfjord, en face l'île Indre Russeøya. Depuis l'automne 1931 la hutte Sveanor se trouve près de l'église de Longyearbyen et est utilisée comme habitation.

Lors de l'Année Géophysique Internationale de 1957/1958 (IGY), une station finno-suédoise fut construite sur le site de Kinnvika, sur la côte nord du Murchisonfjord, afin d'observer, dans le cadre d'un programme international de mesures, des phénomènes météorologiques et géophysiques (magnétisme, aurores boréales). Les travaux scientifiques y furent menés avec succès. Cette grande station, dont les bâtiments (une dizaine) sont encore en bon état, possède un sauna et sa propre piste d'atterrissage. Les maisons en bois se trouvent à bonne distance les unes des autres pour une meilleure protection en cas d'incendie.
En 2003/2004 le physicien allemand Hauke Trinks utilisa l'une des maisons comme base pour un hivernage avec sa compagne Marie Tièche.

Dans le cadre de l'Année Polaire Internationale (IPY) 2007/2008, l'ancienne station fut réactivée par un groupe de recherche international. L'objectif scientifique porta essentiellement sur les calottes glaciaires Vestfonna et Austfonna dans leurs aspects glaciologiques et climatologiques. Malgré les difficultés dues à la météo et à la glace les 60 scientifiques issus de 10 pays différents ont obtenu des résultats considérables. La conclusion principale fut que la grande calotte Vestfonna, située à proximité, semblait stable actuellement et que, au contraire de beaucoup de glaciers plus petits du Spitzberg, elle n'enregistrait pas de perte de masse notable.

On peut visiter le site suivant (en anglais) pour s'informer davantage sur la station Kinnvika et les recherches effectuées pendant l'Année Polaire Internationale.

Les îles du Nord-est  : Storøya, Kvitøya

Généralités

Ces deux îles se trouvent à l'est de la Terre du Nord-Est, dans la région la plus isolée de l'archipel du Svalbard. Il y a encore quelques dizaines d'années, elles étaient entourées par la banquise dérivante jusqu'à la fin de l'été pour n'être finalement pas libérées du tout. Ces derrières années ont complètement changé la situation et rendu les îles accessibles. Malgré tout, même sans glaces, un débarquement n'est pas garanti. En effet, sur Kvitøya il n'y pas de baies abritées et les zones libres de glace sont exposées au vent et à la houle. D'autre part, les eaux sont peu profondes et mal sondées. À part le paysage typique du haut-arctique et l'observation de la faune correspondante, c'est l'histoire et ses drames qui vont fasciner le visiteur.
La région fait partie de la Réserve Naturelle du Nord-Est du Svalbard.

Toponymie

Storøya  : littéralement la « grande île », qui ne compte en fait que 40 km².
Norvargodden  : d'après un bateau d'expédition qui visita l'île en 1979.
Polarstarodden  : d'après un bateau d'expédition qui visita l'île en 1976.
Kvitøya  : « l'île blanche » (700 km²). Complètement recouverte de glace sauf en 3 endroits.
Andréeneset  : d'après l'expédition du suédois Andrée.
Hornodden  : d'après Gunnar Horn, explorateur polaire norvégien.
Kraemerpynten  : d'après Waldemar Hilbert Kraemer (1884-1947), de Tromsø, capitaine et trappeur au Spitzberg et qui effectua des sondages autour de l'île en 1925.

Paysage

Storøya et Kvitøya sont toutes les deux recouvertes d'une calotte de glace.

Storøya est séparée du Cap Laura à l'est de la Terre du Nord-Est par un détroit large de 13 km, le Storøysund. À 60 km plus à l'est se trouve Kvitøya, l'île la plus à l'est de l'archipel du Svalbard.
Au nord se trouve une zone libre de glace, d'une superficie d'environ 5 km². C'est un espace plat, montant légèrement vers la calotte glaciaire. La côte est composée de plusieurs petites baies, interrompues par des saillies rocheuses. La partie plate vers l'intérieur est recouverte par les éboulis d'anciennes plages surélevées, au milieu desquelles se trouvent quelques petits lacs. La calotte de glace Storøjokulen est légèrement bombée et culmine à 245 m.

Sur Kvitøya la zone libre de glace est plate et se trouve à l'ouest, près de Andréeneset, couvrant environ 5 km² de roches et de graviers. La côte est plate et rocheuse, avec quelques hauts-fonds à proximité. Le terrain plat est essentiellement recouvert d'éboulis d'anciennes plages fossiles, où se trouvent encore des os de baleines très anciens et du bois flotté en décomposition. Pratiquement pas de lacs mais du glacier descendent quelques ruisseaux de fonte. L'essentiel du paysage est constitué par la grande calotte glaciaire Kvitøyjøkulen de 700 km² qui recouvre presque toute l'île. Deux autres petites langues de terre sont libres de glace, Kraemerpynten et Hornodden.
De Andréeneset jusqu'à Kraemerpynten il y a 40 km, à travers le dôme de glace qui monte légèrement, culminant à 410 m d'altitude.

Faune et flore

Les deux îles sont en grande partie des déserts polaires inhospitaliers. La végétation des zones libres de glaces se compose de lichens, de mousses et de quelques plantes à fleurs.. Sont présentes des colonies de sternes arctiques, de goélands bourgmestres ; y nichent aussi le labbe parasite le, bécasseau violet, l'eider à duvet, le plongeon catmarin, et l'on pourra observer les rares mouettes de Sabine et mouettes ivoires. Outre les phoques, morses et ours polaires y sont réguliers.

Histoire

L'île Storoya a été découverte vers 1640-1645 par le chasseur de baleines néerlandais Ryke Yse.
Dans années 60, des scientifiques suédois ont mené des recherches glaciologiques sur la calotte glaciaire.
En août 1898, l'expédition scientifique « Deutsche Expedition ins Nördliche Eismeer », lors de sa circumnavigation de la Terre du Nord-Est avec le Helgoland, accosta l'île ; le capitaine Rüdiger nota les mouvements incessants de la banquise mais le débarquement fut possible sur la côte ouest. Les zoologues de l'expédition notèrent la présence de mouettes rares.
L'île fut visitée plus tard le 5 août 1930 par une expédition norvégienne en route vers la Terre François-Joseph et par les membres d'une expédition suédo-norvégienne du 9 au 14 juillet 1931.
Dans les années 1960, des scientifiques suédois menèrent des études glaciologiques sur la calotte.
En 1980, une hutte fut construite sur la côte ouest par l'« Ymer Expedition » de l'Institut Polaire Norvégien. Elle sert aujourd'hui de refuge.
L'île est aussi visitée par les bateaux de croisière ; en juillet 2006, un ours polaire fut malheureusement abattu, dans un cas de légitime défense, par un des guides d'un groupe de touristes.

Aperçue pour la première fois en 1707 par le Hollandais Cornelis Giles, l'île Kvitøya fut entourée de légendes parlant d'une mystérieuse « Terre de Giles ». Au fil des décennies elle apparaît sous des formes, des tailles et des positions différentes sur les cartes. Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle, lorsque les capitaines de phoquiers norvégiens se risqueront dans les parages de la Terre du Nord-Est et de la Terre François-Joseph, que l'on pourra avoir une idée plus précise de la géographie de « l'Île Blanche » ou « Kvitøya », le nom actuel qui lui a été donné par le baleinier Johan Kjeldsen de Tromsø en 1876. Par ailleurs l'île sera aperçue en août 1863 par Carlsen lors de sa circumnavigation du Spitzberg, et par Tobiesen en août1864. Deux autres norvégiens verront l'île, le capitaine Sorensen en 1883 et le capitaine Johannsen en 1887. Et enfin en 1896, ce sera l'aventurier anglais Arnold Pike avec le Victoria, lors d'une expédition de chasse.
Mais l'île fut surtout connue après l'échec de l'expédition, en 1897, du suédois Salomon August Andrée, qui partit en ballon depuis Virgohamna sur l'île Danskøya, avec 2 coéquipiers, Knut Fraenkel et Nils Strindberg, en direction du Pôle Nord. Le ballon Örnen (l'Aigle), alourdi par le givre et ayant en outre perdu de l'hydrogène, atterrit en catastrophe sur la banquise par 82°56' N, à plus de 300 km au nord de l'île Blanche. Après une marche pénible de plusieurs semaines et une dérive sur une plaque de banquise, les 3 hommes épuisés débarquèrent le 5 octobre sur l'île où ils moururent quelques semaines plus tard, peut-être à la suite d'un empoisonnement à la trichinose, due à l'absorption de viande d'ours insuffisamment cuite.
L'année suivante, en août 1898, l'expédition Nathorst, envoyée par la Suède avec l'Antarctic, fera le tour de l'île et débarquera en deux endroits, notamment au sud-ouest mais sans trouver de traces de l'expédition Andrée. Nathorst notera les problèmes dus à la banquise dérivante et la présence de nombreuses mouettes ivoires.
Malgré d'autres expéditions de recherche, ce n'est que le 6 août 1930 que sera découvert le camp d'Andrée, par une expédition norvégienne dirigée par Gunnar Horn qui, à bord du phoquier Bratvaag, partie officiellement pour une campagne de chasse, avait aussi comme mission secrète de poursuivre sa route vers la Terre François-Joseph et de prendre possession de l'île Victoria, située à une soixantaine de kilomètres plus à l'est.
Mais cette découverte sensationnelle fit le tour du monde, interrompant momentanément la poursuite de l'expédition et durant la même année les restes d'Andrée et ses compagnons furent récupérés sur le site d'Andréeneset et rapatriés à Stockholm, où eurent lieu des funérailles nationales. Les plaques photographiques étaient encore bien conservées et les clichés purent en partie être développés, laissant un témoignage émouvant 33 ans après.
En 1931 une expédition suédoise à bord du Quest, aborda l'île Blanche pour y recueillir d'autres vestiges. Sur le site d'Andréeneset, à proximité du camp, fut érigée sur un socle de béton avec une plaque commémorative de l'expédition. Au nord du site se trouve une station météo automatique.
À Gränna, dans la ville natale d'Andrée au sud de la Suède, se trouve un musée consacré à cette tragique expédition.
En raison des conditions de glace nettement plus favorables depuis les années 90, l'île de Kvitøya est régulièrement visitée en été par des bateaux de croisières.



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