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Barentsøya et Edgeøya

Barentsoya Edgeoya
Barentsøya et Edgeøya

Barentsøya

Généralités

Avec ses 1330 km² c'est la 4e île du Svalbard. Largement identique à sa voisine Edgeøya en ce qui concerne les paysages, la géologie et la biologie, elle se trouve à l'écart des routes en raison des conditions de glace difficiles dans cette région. Dans le détroit, le Freemansund, qui sépare les deux îles, circulent des courants de marée parfois très puissants ; libre de glace en été, il peut être encore rendu plus étroit à cause des glaces dérivantes, ce qui en fait un passage régulier pour les ours polaires. Le paysage plein de caractère invite le visiteur à de belles randonnées, notamment à Sundneset entre autres endroits, où les débarquements sont possibles, en tenant compte bien sur de la météo, des conditions de glace ou de la présence de l'ours polaire...
Barentsøya fait partie de la Réserve Naturelle du Sud-Est du Svalbard.

Toponymie

Barentsøya : d'après Willem Barents (1550-1597), découvreur du Spitzberg en 1596.
Duckwitzbreen : d'après Arnold Duckwitz (1802-1881), maire de Brême (point de départ de l'expédition « 2. Deutsche Nordpolarfahrt »).
Frankenhalvøya : d'après le paysage de la Franconie, région du sud de l'Allemagne.
Freemansund (-breen) : d'après Alderman Ralph Freeman (début du 17e s.), l'un des dirigeants de la compagnie baleinière anglaise Muscovy Company. Visita le Spitzberg en 1619.
Mistakodden : le « cap de l'erreur », suite à une évaluation erronée des distances faîte en 1861 par une expédition suédoise.
Kapp Waldburg : d'après le prince von Waldburg-Zeil-Wurzach (1825-1907), sponsor et chef de l'expédition au Spitzberg de 1870 avec Theodor von Heuglin.
Spjutnes : la « pointe du javelot », d'après la forme de la presqu'île.
Sundneset : le « nez du détroit », d'après une avant-terre dépassant du détroit.

Paysage

Il est fortement marqué par la géologie et se compose d'un vaste plateau montagneux, découpé par l'érosion après son soulèvement. C'est ainsi que se formèrent baies et fjords, tout comme le détroit Freemansund. Barentsøya et Edgeøya forment une unité paysagère. L'intérieur, avec ses plateaux montagneux hauts de 300 à 600 m, est recouvert de plusieurs calottes de glaces (Barentsjøkulen, 570 km²). Plusieurs glaciers d'écoulement arrivent jusqu'à la mer en fronts de glace comme le Besselsbreen au nord-est le Willybreen à l'est, mais le plus impressionnant est le Freemanbreen sur la rive nord du Freemansund, lequel, en 1956, a connu une avancée rapide et puissante, un « surge », bloquant à moitié le détroit pendant quelques années. Entre-temps le front de glace a reculé derrière la ligne de côte. En 1918, le Duckwitzbreen, à l'ouest, s'est également avancé soudainement, ce dont témoigne aujourd'hui encore une presqu'île morainique qui se prolonge dans le Storfjord (Spjutnes). D'où le contraste étonnant entre ce paysage lunaire de collines morainiques et la toundra verdoyante voisine.
Une avant-terre plate forme le Sundneset au sud-ouest, où une zone basaltique est parsemée de petits lacs. Plus à l'intérieur un torrent descend en cascade une falaise de basalte, formant ensuite des rapides jusqu'à la côte.
Au nord, Barentsøya est séparée du Spitzberg par le mince détroit Heleysundet, qui ne fut découvert qu'en 1858 ; auparavant, on pensait qu'il s'agissait d'une presqu'île. Le Ginevrabotnen au sud, porte le nom du yacht Ginevra, commandé par le capitaine Lamont qui visita la région en 1858 et 1859.

Faune et flore

La partie orientale de l'île Barents est pauvre, l'ouest en revanche possède une toundra de type « haut-arctique » mais d'une diversité étonnante. On y trouve, entre autres, différentes sortes de saxifrages et de renoncules, la linaigrette de Scheuchzer, les deux espèces de pédiculaires. Les champignons sont aussi présents en abondance.
Dans les falaises nichent les mouettes tridactyles (Büdelfjellet), dont le guano profite à la végétation et les œufs et les poussins au renard polaire... D'autres falaises plus petites abritent des guillemots à miroir. Près des lacs on pourra observer différentes espèces d'oies, eiders à duvet, hareldes boréales et plongeon catmarin.

Histoire

Barentsøya fut beaucoup moins utilisée comme terrain de chasse que la plupart des autres îles du Svalbard. Un seul hivernage est connu, celui de 4 trappeurs norvégiens, qui en 1894 construisirent une maison sur Anderssonøyane pour y passer l'hiver, au cours duquel un homme perdit la vie sur la banquise. En 1918 une avancée du glacier Duckwitzbreen fit de ces petites îles une partie de la presqu'île Spjutnes. La maison échappa de peu à la destruction et l'on peut voir encore aujourd'hui les restes des anciennes fondations.
Au nord près de Steinbeisfjellet sur Frankenhalvøya, se trouve la hutte Heimland, construite en 1936 comme hutte de secours pour les marins en détresse. Merckoll, inspecteur des mines du Svalbard de 1925 à 1937, fit bâtir le même genre de hutte à Isflakbukta sur l'île Phippsøya.
Entre 1959 et 1967 se déroula une série d'expéditions scientifiques sous la direction du géographe de Würzburg le professeur Julius Büdel, les « Staufferland-Expeditionen ». La zone d'étude allait de la côte ouest du Storfjord jusqu'à l'île Kvitøya, avec comme centre principal d'intérêt les environs de Sundneset, où se trouve encore aujourd'hui la petite « Würzburger Hütte ». Les questions posées sur l'évolution du paysage concernaient le soulèvement du sol, les sols structuraux, la solifluxion et l'érosion dans les conditions du permafrost.

Edgeøya

Généralités

Avec ses 5074 km², Edgeøya est la 3e plus grande île de l'archipel du Svalbard, séparée de l'île principale par le Storfjorden. Les conditions de glace au sud de l'île sont plus faciles et son histoire est de ce fait plus longue et plus variée que celle de sa voisine plus au nord. Les eaux à l'est et au sud sont en partie peu profondes et mal sondées.
Edgeøya fait partie de la Réserve Naturelle du Sud-Est du Svalbard. Sa partie orientale est une zone de référence scientifique depuis 2014. Depuis 2010 la station pomore et la station baleinière dans la Habenichtbukta sont interdites d'accès.

Toponymie

Andréetangen : d'après Karl Andrée (1808-1875), géographe allemand.
Blåfjord : « la baie bleue », d'après la couleur du glacier situé au sud.
Diskobukta :  dérivé peut-être de l'anglais « Dukes Cove » devenu « Dusko » en hollandais, ou d'après le baleinier anglais Marmaduke.
Dolerittneset : d'après la dolérite, une variante de roche basaltique.
Dyrdalen : la « vallée des rennes ».
Ekrollhamna : d'après Martin Ekroll (1865-1916), homme d'affaires norvégien, hiverna avec son bateau en 1895-96 dans cette baie.
Gothavika : d'après Gotha en Thuringe, lieu de parution des « Geographische Mitteilungen » de Petermann.
Habenichtbukta : d'après Hermann Habenicht (1844-1917), cartographe allemand.
Hassensteinbukta : d'après Bruno Hassenstein (1839-1902), cartographe allemand.
Kap Heuglin : d'après Theodor von Heuglin (1824-1876), en expédition au Spitzberg en 1870 et 1871.
Kapp Lee : à l'origine Lee's Foreland était le nom utilisé pour désigner la partie nord-ouest de l'île.
Kapp Löwenigh : d'après Bartolomäus von Löwenigh (1799-1853), industriel allemand de la région de Cologne. Affréta un bateau à Hammerfest pour une expédition au Spitzberg.
Keilhaubukta : d'après Baltazar Mathias Keilhau (1797-1858), géologue norvégien.
Kvalpynten : la « pointe des baleine ».
Meodden : indique la situation au milieu du Freemansund.
Negerpynten : traduction norvégienne du nom anglais datant du 17e siècle, se rapportant à la couleur sombre des sédiments du Trias.
Rosenbergdalen : d'après Karl Benjamin Herman von Rosenberg (1817-1888), explorateur et zoologue allemand.
Stonebreen : probablement d'après un employé de la Muscovy Company, société baleinière anglaise du 17e siècle.
Tjuvfjord : la « baie des voleurs », origine inconnue.

Paysage

Marqué par la géologie le paysage est fait de montagnes tabulaires, découpées par des glaciers et dont les flancs sont devenus abrupts. Les lits d'anciens glaciers forment aujourd'hui de vastes plaines protégées, couvertes d'une végétation relativement dense ; et nourrissant quelques 2500 rennes.
Alors que l'ouest et le nord sont libres de glace, quelques calottes glaciaires occupent l'intérieur. La côte Est, soumise à davantage de précipitations, est fortement englacée. De la calotte Edgeøykulen (1365 km²) débouchent ici deux glaciers, le petit Kong-Johans-Breen et le puissant Stonebreen dont la dernière avancée se termina en 1971. Le Deltabreen en revanche, n'arrive plus jusqu'à la mer, en raison des moraines qu'il a laissées en se retirant, formant ainsi la plus grande lagune du Svalbard, le Tjuvfjord.
Le soulèvement postglaciaire est ici très visible en bas des plus grandes vallées, en particulier dans le nord-est, où se succèdent les plages surélevées.
Au sud-ouest se trouve une terre plate, rocheuse et basaltique, entrecoupée de petites baies : Gothavika, Ekrollhamna, Hassensteinbukta et Habenichtbukta. Ces baies offraient des ports naturels protégés, utilisés par les baleiniers et les Pomores.
Au sud de l'île, les deux montagnes tabulaires, hautes de 400 m, Kvalpynten et Negerpynten, tombent à pic dans la mer. Au sud-est le site d'Andreetangen offre un beau paysage de toundra, invitant à la randonnée.

Faune et flore

Au nord de la Diskobukta sur la côte ouest, on peut observer, outre de nombreux bois de flottage et des restes de baleines, une colonie de mouette tridactyles particulièrement intéressante car située dans un petit canyon, offrant ainsi un spectacle impressionnant, agrémenté par la présence de renards polaires. Au sud-ouest, Kvalpyntfjellet et Negerpynten, abritent des colonies importantes de fulmars boréaux. Ailleurs nichent aussi en nombre important des colonies de guillemots de Brünnich, à miroir et de mergules nains. Le plongeon catmarin et le labbe pomarin sont communs, et les vallées se peuplent d'eiders et d'oies au moment de la migration.
À Dolerittneset se trouve une colonie de morses ; une autre se situe à Andréetangen, près d'une hutte de trappeur. Après avoir frôlé l'extinction les populations se reconstituent lentement.
Les glaces dérivantes à l'est d'Edgeøya offrent aux phoques des conditions de vie favorables, et par conséquent aussi aux ours polaires, pour lesquels l'île, après Kong Karls Land, constitue une zone de reproduction importante.
Malgré des conditions assez hostiles, la flore est riche, avec de nombreuses espèces comme les saxifrages, les renoncules et la linaigrette. On y trouve aussi des champignons en quantité.

Histoire

La première traversée de l'île Edgeøya a sans doute été accomplie en 1927 par une expédition scientifique d'Oxford, du sud-ouest à la côte nord. L'île fut découverte et décrite en 1616 par le baleinier anglais Thomas Edge, mais les contours de l'île figurent déjà sur une carte de 1612, seulement 16 ans après la découverte du Spitzberg par Barents. À partir du 17e siècle et jusqu'au milieu du 19e naîtront en de nombreux endroits des implantations de trappeurs russes. En 1827, l'explorateur norvégien Keilhau découvrit, au sud-ouest de l'île, une grande station de chasse pouvant accueillir 40 à 50 personnes.

Dolerittneset/Kapp Lee : sur la côte nord-ouest se trouvent les restes d'une ancienne station de chasse pomore, datant du 18e siècle. Typiques sont les les morceaux de tuile rouges dont étaient faits les murs des fours. Sur la plage sont éparpillés quantités d'os de morses, triste témoignage d'un massacre perpétré les siècles passés.
Les premiers trappeurs norvégiens arrivèrent ici en 1904 avec la corvette Elina Kristine et y construisirent une hutte octogonale en éléments préfabriqués appelée plus tard « Carrousel », qui fut rénovée en 2009. Ce type de hutte fut utilisé ailleurs, notamment en Terre François-Joseph (île Alger, Kap Flora, Kap Tegetthoff).
En 1968/69 le site fut utilisé par une expédition scientifique hollandaise pour y mener des recherches en biologie, poursuivies sur l'île pendant plusieurs saisons estivales. La station, spécialement bâtie à cet effet, fut entièrement démontée en 1995.
À côté de la hutte octogonale se trouvent 2 autres huttes, construites dans les années 1970-72 par une société pétrolière américaine, Caltex, à des fins de loisirs. D'autres sociétés comme FINA et Total menèrent aussi des forages pétroliers à l'intérieur des terres (Plurdalen, Raddedalen), mais sans succès.

Diskobukta : là se trouve aussi une hutte de trappeur (« Villa Disko »), bâtie en 1929 par Georg Bjørness et les frères Einar et Eldor Svendsen ; à côté il y a une autre hutte de loisirs de la société Caltex.

Habenichtbukta : sur la côte nord de cette baie se trouvent les traces visibles de toute une série de bâtiments. Au 17e siècle des baleiniers anglais y avaient établi une station ; plus tard ce sont les Pomores qui installeront une petite station de chasse au même endroit. La zone avec tous ses vestiges est interdite d'accès depuis 2010. Une autre implantation russe a existé un peu plus au nord, comme le suggère le nom Russebukta. Cette région servira, dans la 1ère moitié du 19e siècle, de terrain de chasse aux trappeurs norvégiens. À Svarttangen, au sud de la baie, se trouve encore une hutte en ruine et d'autres vestiges divers sont visibles sur les petites îles près de Ekrollhamna.

Andréetangen : le sud-est de l'île Edgeøya fut, pour les trappeurs norvégiens, un terrain classique pour la chasse à l'ours. Le premier hivernage volontaire d'un groupe de 11 trappeurs eut lieu à Kvalpynten où fut bâtie une hutte en 1894.
À Andréetangen se trouve une belle hutte, bâtie par Henry Rudi en 1946, et des ossements de morse éparpillés tout autour témoignent du massacre. En 1968-69 ont hiverné ici quatre spécialistes norvégiens de l'ours polaire, dont Thor Larsen, dont le but était, après les avoir anesthésiés, d'examiner et de marquer les ours polaires. Un grand laboratoire, « Permafrost City » y fut installé, mais enlevé plus tard.

Les îles du sud-est : Tusenøyane, Halvmaneøya, Ryke Yseøyane

carte des Milles Îles
Les Milles Îles

Généralités

Au sud d'Edgeøya se trouve un chapelet de petites îles et d'îlots, les « Milles îles » (Tusenøyane), il s'agit en fait d'un soixantaine d'îles de 1 à 4 km², pour la plupart basaltiques, plates et rocheuses. La mer qui les entoure est peu profonde, biologiquement productive, abritant ainsi une faune riche, mais attirant aussi pendant des siècles des chasseurs et trappeurs d'origines variées. D'où une concentration de sites historiques représentant un condensé des différentes phases de l'histoire du Svalbard. Depuis 2010, les îles Zieglerøya, Delitschøya et Spekkholmen et une grande partie de Halvmaneøya sont interdites d'accès. Les Milles îles font partie de la Réserve Naturelle du Sud-Est du Svalbard et en été leur accès est interdit du 15 mai au 15 août.

Toponymie

Bölscheøya : d'après Wilhelm Bölsche (1843-1893), géologue allemand.
Braekmoholmane : d'après Sivert Braekmo (1853-1930) skipper et pêcheur norvégien.
Delitschøya : d'après Otto Delitsch (1821-1882) : géographe allemand.
Halvmåneøya : « l'île en demi-lune », d'après sa forme.
Kong Ludvigholmane : d'après Louis II de Bavière (1845-1886).
Meinickeøyane : d'après Carl Eduard Meinicke (1803-1876) : géographe allemand.
Menkeøyane : d'après Heinrich Theodor Menke (1819- 1892) : cartographe allemand.
Tiholmane : « dix petites îles ».
Ryke Yseøyane : d'après Ryke Yse, baleinier hollandais de Vieland, qui découvrit ces îles en 1640.
Zieglerøya : d'après Alexander Ziegler (1822-1887), de Dresde, mécène de Petermann.
Ækongen : origine inconnue, peut-être d'après un ancien mot norvégien pour l'eider à tête grise.

Paysage

Toutes ces îles sont plates, pierreuses et couvrant quelques km², Halvmåneøya est de loin la plus grande avec 12 km². Les côtes se composent en partie de petites falaises, les plages souvent couvertes d'éboulis et les baies abritées accessibles pour un débarquement sont une denrée plutôt rare...

Faune et flore

Un certain nombre de ces îlots rocheux sont dépourvus de végétation. D'autres présentent de grandes étendues de mousses et de lichens, mais nombreuses sont celles abritant une avifaune riche.
Sternes arctiques, eiders à duvet et hareldes boréales nichent en grand nombre ; on y observe également guillemots à miroir, des oies et le phalarope à bec large. Sur de nombreux lacs nichent le plongeon catmarin. Il y a en outre plusieurs colonies de morses et l'ours polaire y est fréquent.

Histoire

Des baleiniers, probablement anglais, possédaient plusieurs stations dans cette région des Mille Îles, ce qui peut à première vue sembler étonnant, en raison des récifs, des haut-fonds et des forts courants. Mais l'investissement devait être rentable car de nombreux vestiges témoignent des activités baleinières au début du 17e siècle. On trouve à plusieurs endroits les restes de fours à graisse les mieux conservés, dont ceux, entre autres, d'un double four et les seuls d'un four triple au Svalbard, sur l'île Zieglerøya.
Les Pomores fréquentèrent aussi cette zone, laissant derrière eux des fondations en ruine et des tombes sur quelques unes de ces petites îles. Chasseurs de morses et de phoques, la région fut leur terrain de chasse principal jusqu'en 1827.
Au début du 20ème siècle le sud-est de l'île Edgeøya et les îles environnantes devinrent le terrain de chasse aux ours polaires le plus important pour les trappeurs norvégiens. Au moins une dizaine de huttes furent construites dans un espace relativement restreint, sur Edgeøya même (Andréetangen, Negerdalen), sur Zieglerøya, Delitschøya, Halvmåneøya et les petites Tennholmane. Ces îles se trouvent sur la plus importante route migratoire des ours polaires, qui dérivent sur la banquise venant du nord-est.
La chasse atteignit son apogée pendant l'hiver 1906-1907. À Andréetangen se trouve toujours une hutte de chasse, construite en 1946 par le fameux trappeur norvégien Henry Rudi, surnommé « Isbjørnkongen », le « roi des ours polaires »... En effet, ce dernier établit un triste record de 115 ours polaires abattus en 1935-36 sur Halvmåneøya, où se trouve la station la plus connue, Bjørneborg, construite en 1904 et restaurée en 1935. Henry Rudi aurait hiverné 27 fois au Svalbard et tué 713 ours polaires en 40 ans (1908-1948).
En 1969-70 eut lieu le dernier hivernage sur Halvmåneøya, peu avant que les ours polaires soient strictement protégés par la loi, en 1973.
Dans ces régions reculées et entourées par les glaces, les hivernages n'étaient pas sans risques. À côté du scorbut, entre autres problèmes, les conditions de glaces difficiles empêchaient parfois la récupération des équipes de trappeurs par leur bateau, les forçant à un 2e hivernage mais cette fois involontaire...
C'est ainsi qu'en 1743, en raison du brouillard et de la glace, 4 Pomores ne purent regagner le bateau qui les avaient laissés sur la côte sud d'Edgeøya pour la saison de chasse. D'après les récits ils furent retrouvés par hasard 6 ans plus tard, en 1749. Entre-temps l'un des hommes avait succombé au scorbut.
Plus récemment, en 1967, sur l'une des îles de l'archipel isolé Ryke Yseøyane, 2 jeunes trappeurs norvégiens bâtirent une hutte pour y passer deux hivers consécutifs. Mais au printemps 1969 l'un des deux disparut sur les glaces dérivantes.

Les îles du sud-est : HOPEN

carte de l'Île Hopen
L'Île Hopen

Généralités

Cette île longue et étroite se situe à environ 100 km au sud-est de Edgeøya, à la limite de l'archipel du Svalbard. Intéressante à maints égards sur le plan biologique, elle a une histoire variée et parfois dramatique. Hopen est peu visitée par les touristes ; cela tient d'une part à son isolement, à l'écart des circuits des bateaux de croisière, et d'autre part aux conditions de débarquement problématiques. En effet il n'existe pas de baies abritées, les eaux proches sont peu profondes, mal sondées et les plages exposées à la houle. De plus l'île est dans la zone d'influence du courant froid de l'Est du Spitzberg et de ce fait entourée par les glaces dérivantes en été. Enfin, le brouillard est fréquent. Depuis 2003 l'île de Hopen est une Réserve Naturelle, connue pour ses colonies d'oiseaux et ses tanières d'ourses polaires.

Toponymie

Beisaren : d'après Berner Jørgensen (1861- 1915/1920), trappeur norvégien qui hiverna plusieurs fois au Svalbard et dont le surnom était « Beisaren ».
Hopen : probablement d'après le bateau « Hopewell »du baleinier anglais Thomas Marmaduke (1613).
Iversenfjellet : d'après Thor Iversen (1873-1953)), capitaine norvégien de Bergen, entreprit des expéditions scientifiques à Hopen avec Einar Koefoed en 1923 et 1924.
Koefoedodden : d'après Einar Koefoe (1875-1963), zoologue norvégien, explora et cartographia Hopen en 1924.
Kapp Thor : d'après Thor Iversen.
Werenskiöldfjellet : d'après Werner Werenskiöld, (1883-1961), géographe norvégien, explora le Svalbard comme topographe et géologue entre 1917 et 1924.

Paysage

Hopen a une forme bien caractéristique, étirée tout en longueur sur 37 km et large seulement de 2 km. Faite d'une série de 8 plateaux montagneux culminant à 371m (Iversenfjellet) et séparés par 4 cols permettant le passage est-ouest, elle couvre environ 46 km². Les montagnes tabulaires descendent souvent à pic dans la mer et les plages sont rares. La seule région « plate » est au sud-est, la plaine côtière entre Egsetstranda et Koefoedden. Quant à la côte elle reste, en raison de la houle et des hauts-fonds, difficilement accessible. Il n' y a pas de glaciers sur l'île, mais les moraines latérales le long des versants montagneux sont les traces de la glaciation en Mer de Barents. D'anciennes plages surélevées se trouvent jusqu'à 67 m au-dessus du niveau actuel et le plus ancien morceau de bois flotté a été découvert à 51 m d'altitude et vieux d'environ 9500 ans...

Faune et flore

La végétation est pauvre et clairsemée avec seulement une trentaine d'espèces de plantes à fleurs et cinq espèces de lichens. Sur terrain plat la toundra est présente, à Koefoedodden par exemple et dans les vallées humides où prospèrent les mousses. Sur les haut-plateaux c'est la végétation de la zone haut-arctique où dominent le pavot du Svalbard, le saxifrage rouge, la renoncule et quelques touffes de graminées.
L'avifaune, en revanche, est riche. Les côtes abruptes de Hopen abritent d'importantes colonies d'oiseaux marins. Les guillemots de Brünnich (Lyngfjellet), y nichent par centaines de milliers et une grande partie des nicheurs du Svalbard peuplent l'extrémité nord de l'île. A côté des dizaines de milliers des mouettes tridactyles (Krykkjefjellet) et de mergules nains, on trouve bruants des neiges, labbes parasites, grands labbes, bécasseaux violets, eiders à duvet et fulmars boréaux. Parmi les nicheurs occasionnels on peut citer la bernache cravant, l'oie à bec court et la sterne arctique.
Il y avait autrefois sur Hopen des aires où séjournaient de nombreux morses mais ceux-ci sont aujourd'hui très occasionnels, en raison de la chasse intensive des siècles derniers, dont témoignent encore les tas d'ossements à Koefoeodden. Mais l'île est surtout un site important de migration et de reproduction pour les ourses polaires, auxquelles profitent la banquise dérivante amenée par le courant de l'est du Spitzberg ainsi que la topographie favorable à la formation de tanières dans la neige. En 1996 on dénombrait encore 36 tanières, mais malheureusement avec le changement climatique et le manque de glace, ce nombre a fortement chuté ces dernières années. Depuis l'hiver 2005/2006 et les 3 hivers qui ont suivi il n'y eu aucune tanière, la banquise n'atteignant pas l'île avant Noël.
D'après les données enregistrées par la station météo depuis 1976, il y avait normalement entre 150 et 350 visites d'ours polaires chaque hiver, pendant la période 1983-2001.
Les phoques, source de nourriture essentielle pour les ours, sont abondants sur la banquise dérivante autour de l'île.
Il n' y a pas de rennes sur Hopen et le renard polaire est en nombre restreint, dont une grande part est constituée de renards bleus.

Histoire

L'île de Hopen a peut-être été visitée en1596 par le capitaine hollandais Jan Cornelisz Rijp, alors que l'expédition de Barents cherchait le Passage du Nord-Est.
Mais l'île fut découverte officiellement au début du 17ème siècle par des baleiniers, probablement par l'anglais Thomas Marmaduke en 1613, dont le bateau Hopewell donna son nom à l'île. Malgré les conditions peu favorables, ils installèrent plusieurs stations à terre pour la transformation du lard de baleine, ce dont témoignent encore aujourd'hui les vestiges de fours à graisse à Koefoedden, au sud-est. Le baleinier hollandais Cornelius Gisbert Zorgdrager notait déjà la présence de ces fours à l'état de ruines en 1690. Les morses furent aussi abattus en quantité, si bien qu'au début du 20e siècle on ne trouvait plus aucun morse sur les plages de l'île.
Des récits datant du début du 19e siècle font état d'expéditions de chasse sur l'île Hopen, notamment des norvégiens en 1823-24 et le naufrage de la goélette Wettrenner d'Altona, qui coula au large de l'île pendant l'été 1836.
En 1908 les trappeurs norvégiens arrivent et s'installent pour des hivernages. Les ruines des huttes du premier hivernage sont encore visibles à Koefoedodden (« Rudihytta »), près de la station météo (« Nilsebu », construite en 1908 par August Olofsson et ses compagnons, nommée d'après le trappeur Nilsen, en partie restaurée en 1973), et à Hermansenskaret (« Nordhytta »). Cette année-là hiverna le célèbre trappeur Henry Rudi qui se distingua en tuant 6 ours polaires en l'espace de 24 heures... En tout, ce sont 89 ours qui furent tués en 1908-1909. Lors de son arrivée en 1908, le norvégien Rudi nota la présence de traces laissées par d'anciennes expéditions de chasse : os de morses, pièges et huttes en ruines dont l'origine reste inexpliquée. Jusqu'en 1940 auront lieu 5 hivernages de trappeurs norvégiens (1908-1909, 5 hommes ; 1923-1924, 3 hommes ; 1930-1931, 2 hommes ; 1934-1935, 3 hommes et 1936-1937, 3 hommes).
En suite viennent les expéditions scientifiques. La première fut celle de Julius Payer et Karl Weyprecht en août 1871, avec l'Isbjørn. Ils venaient en fait étudier les conditions de glace en mer de Barents, entre le Svalbard et la Nouvelle Zemble, en vue d'une future expédition plus importante vers le Pôle Nord, celle qui les conduira à découvrir fortuitement la Terre François-Joseph...
Le Prince Albert Ier de Monaco visitera Hopen pendant l'été 1898 avec le Princesse Alice, suivi du Duc d'Orléans sur la Belgica en 1909. D'autres tentatives de débarquement échoueront en raison des conditions de mer, en 1898 (Nathorst), et en 1922 (Hoel).
Ce n'est ensuite qu'en 1924, 1929 et 1930 qu'auront lieu les expéditions menées par les norvégiens Thor Iversen et Einar Koefoed, à des fin d'études scientifiques et de cartographie systématique.
Quatre cairns, édifiés en 1924, commémorent leurs expéditions et leurs recherches (2 sur Iversenfjellet, 1 sur Werenskioldfjellet et 1 sur Kollerfjellet), au cours desquelles ils collectèrent en outre des échantillons de plantes et de roches.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l'ile Hopen fut à plusieurs reprises le théâtre d'événements dramatiques. En octobre 1942, le cargo à vapeur soviétique Dekabrist quitta l'Islande avec 80 hommes et une femme à son bord, en convoi vers la Russie avec d'autres paquebots et des bâtiments de guerre.
Le 4 novembre le bateau est bombardé par plusieurs avions allemands venant de Banak dans la Mer de Barents et gravement endommagé si bien que l'équipage doit embarquer dans les 4 chaloupes de sauvetage. Le bateau sera coulé le lendemain lors d'une autre attaque. Après quelques jours de navigation une seule des 3 chaloupes abordera l'île Hopen avec 19 personnes à bord (15 membres d'équipage, le capitaine Beljaew, la femme-médecin Natalik, son compagnon le matelot Borodin, ainsi que le matelot Lobanow), les 3 autres chaloupes ayant disparu sans laisser de traces. Après 10 jours de navigation hasardeuse dans la nuit polaire ils n'atteindront l'île que le 14 novembre. Les naufragés s'échoueront sur une plage inconnue et dès les premiers jours la plupart des survivants mourront de froid, les autres survivront dans une petite hutte datant de 1908 et en mauvais état, leur nombre se réduisant à 4 personnes en janvier 1943. En mars ils pourront partir en reconnaissance et, à environ 8 km, ils découvriront une autre hutte, aperçue auparavant (« Nilsebu », dans le Husdalen), datant aussi de 1908, mais en bien meilleur état, avec quelques vivres à l'intérieur et deux canots endommagés à l'extérieur. En mai Borodin et Lobanow tombent malades du skorbut, ils seront soignés dans la vielle hutte par Natalik, tandis que le capitaine, seul dans la nouvelle hutte, tente de réparer l'un des canots.
Mais le 25 juillet 1943 un sous-marin allemand, le U-703, apparaît devant l'île Hopen.. Des avions de reconnaissance allemands les avaient repérés. Sont faits prisonniers d'abord le capitaine Beljaew, parlant l'anglais, à Nisebu, puis les 3 autres dans l'autre hutte. Ces derniers seront redéposés à terre pour des « raisons de sécurité », le commandant allemand les jugeant trop dangereux tous ensemble dans l'espace étroit du sous-marin... Finalement le sous-marin reviendra le 7 octobre récupérer Natalik, Borodin et Lobanow, qui, gravement malade, mourra quelques heures plus tard.
Beljaew, Natalik et Borodin survivront à leur captivité en Norvège, échappant apparemment à une peine assez longue dans les camps de Staline lors de leur retour en URSS.
Le capitaine Beljaew, retraité de la marine marchande soviétique, mourut en 1955.
Natalik et Borodin se marièrent ; Natalik continua à naviguer et vécu jusque dans les années 80, retraitée à Grosny en Tchétchénie.
Le lieu de débarquement du canot de sauvetage s'appelle aujourd'hui « Livbåtstranda », la « plage du canot de sauvetage », au nord de la station météo, et la vielle hutte de chasse (Russehytta / Nordhytta) qui leur servit d'abri se trouve à Hermansenskaret. Près de la hutte Nilsebu se trouvent un mémorial en granit, érigé en 1975 par l'Union Soviétique en souvenir des victimes du Dekabrist, et sur lequel les représentants du Consulat Soviétique de Barentsburg venaient chaque année, et ce jusqu'à la fin des années 80, déposer une couronne, ainsi qu' une tombe, où furent regroupés quelques ossements dispersés par les ours polaires, et dans la hutte datant de 1908 se trouve encore un morceau du canot de sauvetage.

Quelques semaines plus tard et toujours en raison de la guerre, Hopen va recevoir d'autres visiteurs. En 1943 l'armée allemande s'intéresse à l'île Hopen comme base possible d'une station météo et procédera à un essai d'atterrissage à Koefoeodden avec un avion spécial (les traces laissées par l'appareil sont encore visibles). Mais finalement c'est un sous-marin, le U-Boot U-354, qui, le 27 octobre 1943, va débarquer à Husdalen la station météo « Svartisen », avec une équipe de 4 hommes, utilisant une hutte de trappeur de 1934 (détruite par un incendie en 1948). La station sera active et fonctionnera sans incident, envoyant des messages codés vers la Norvège jusqu'au 22 juillet 1944, si bien que le 9 octobre c'est la station « Helhus » qui prendra le relais au même endroit, avec également une équipe de 4 hommes, amenés sur place par le sous-marin U-636. Après la fin de la guerre, la station continuera en envoyer des données météorologiques mais cette fois aux alliés. Le chef, le géographe Dr. Josef Neunteufl, profitera de l'occasion pour explorer l'île de Hopen. Il remettra les résultats de ses recherches scientifiques au commandant de la garnison norvégienne, qui le 5 août 1945, trois mois après la fin de la guerre, procédera à l'évacuation de la station « Helhus » vers le Spitzberg avec le cotre Skandfer.
Quelques semaines plus tard, en octobre la station météo sera occupée par la marine norvégienne avec 4 hommes.
En 1946 un nouveau bâtiment est construit, surnommé plus tard « Villa gjennomtrekk » c'est-à-dire la « villa des courants d'air »... et à partir du 1er juillet 1947 c'est le service météorologique civil qui prendra le relais de la marine. Durant les décennies suivantes la station, qui sera à plusieurs reprises agrandie et modernisée, fonctionnera de façon permanente avec une équipe de 4 personnes et quelques chiens de traîneau.
Pendant l'été 1962 plusieurs fortes secousses telluriques seront enregistrées, en raison des essais nucléaires soviétiques sur la Nouvelle Zemble.
Au début des années 70, l'industrie pétrolière (Fina) s'intéresse à Hopen et procède à des forages d'exploration, à Koefoe dodden (à 908 m en 1971) et à Lyngefjellet (à 2840 m en1973), mais sans résultats.
Le 28 août 1978 un avion de reconnaissance soviétique, de type TU-16, s'écrasa sur le Werenskjoldfjellet, faisant 7 victimes, faisant paraître Hopen dans les gros titres de la presse internationale. L'épave de l'avion fut découverte par hasard deux jours plus tard par les occupants de la station et examinée ensuite par le Gouverneur du Svalbard, accompagné par des représentants de l'ambassade soviétique à Oslo. L'accident fut considéré par la Norvège comme une preuve de la violation de l'espace aérien norvégien au-dessus du Svalbard. D'autre part l'enregistreur de vol récupéré par les Norvégiens sera la source de tensions politiques entre la Norvège et l'Union Soviétique.
Le 13 juin 1986 la station devient officiellement un bureau postal et reçoit un tampon spécial orné d'un morse avec la mention « 9174 Hopen 76°30' N », mais ce statut de bureau postal cessera en 2003. La station météo « Hopen Radio » bénéficie du soutien logistique de la garde côtière et du bateau du Gouverneur. Elle dispose aussi d'un héliport avec un dépôt de carburant, en cas d'opération de sauvetage. En plus du service météorologique, la station remplit d'autres tâches : elle se livre à des observations sur les conditions de glace pour le compte de l'Institut Polaire Norvégien, et procède à des mesures du champ magnétique terrestre en corrélation avec les recherches sur les aurores boréales.
L'île de Hopen est très rarement visitée par les bateaux de croisière-expédition, en raison de sa situation à l'écart des itinéraires habituels, des conditions de glace et de mer qui rendent tout débarquement problématique.

Hopen
La station météo sur l'île Hopen


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