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L'HISTOIRE DU SVALBARD


Svalbard : L'époque des baleiniers (17e - 19e siècles)

La découverte de Barents fut le point de départ d'une longue période de chasse extensive et d'exploitation des ressources animales du Svalbard.

Spitzberg - tombe de baleinier
Une tombe de baleinier

Les premiers furent deux marins britanniques, William Gordon et Stephen Bennet qui agissaient à la fois comme marchands et explorateurs pour le compte de la Compagnie anglaise de Moscovie ; dès 1603 elle les envoya chasser le morse à l'Île aux Ours et la baleine au Spitzberg dès 1610. Henry Hudson naviguant dans les parages en 1607, toujours à la recherche du Passage du Nord-Est, relate l'abondance des cétacés qui « s'ébattaient comme carpes en vivier » et des morses qui « se reposaient en obstruant les plages ». Ceci déclencha quelques années plus tard, une campagne de chasse baleinière internationale : Hollandais dès 1611, Français et Anglais dès 1613, Danois et Norvégiens à partir de 1617.
Les tentatives anglaises pour prendre possession de l'archipel seront battues en brèche par les Hollandais, et les baleiniers basques, avec à leur tête Jean Vrolicq, ancien harponneur, armateur et aventurier hors du commun, y constituèrent quelque temps une « France arctique », dont le nom apparaît sur certaines cartes de la première moitié du 16ème siècle, et où l'île Jan Mayen se retrouve même baptisée « île de Richelieu ». Mais suite aux démêlés avec les concurrents hollandais et danois la compagnie de Vrolicq fut ruinée et l'établissement « Port-Louis », fondé en 1634, devint peu après la « Baie des Hambourgeois ». Dès le Moyen Âge, les Basques furent incontestablement les champions inégalés de la chasse à la baleine. Au 16ème siècle, ils avaient installé une station au Labrador, où ils récupéraient l'huile qu'ils ramenaient en Europe. Aussi furent-ils engagés par les Anglais et les Hollandais comme harponneurs et maîtres à dépecer - des postes clés - pour venir chasser au Svalbard, jusqu'au moment où ils furent remplacés par leurs élèves...
Chaque été, quelque 200 bateaux avec 50 à 150 hommes à bord tuaient 1000 à 2000 baleines.
La baleine était chassée essentiellement pour sa graisse que l'on faisait fondre sur place. L'huile obtenue, conditionnée en barils, était un produit de qualité dont toute l'Europe était consommatrice. Elle servait à la fabrication du savon, au graissage des machines, à l'imprégnation des tissus, aux parfums, mais surtout à l'éclairage urbain en plein développement dans les capitales. C'était en quelque sorte le pétrole de l'époque...
Cette chasse produisait également, à partir des grands fanons cartilagineux, des « baleines » qui étaient utilisées dans la fabrication des parapluies, des ombrelles et des éventails, mais aussi pour faire les armatures des corsets que les dames de l'époque affectionnaient, et les raidisseurs de cols de chemise des messieurs. Cette matière flexible, facile à travailler et résistante à l'eau était en quelque sorte l'ancêtre des matières plastiques...Quant à la peau, elle donnait un cuir épais.
Ce commerce était si lucratif qu'il a vite engendré une compétition féroce entre les pays présents, pour obtenir directement leur part de cette richesse arctique. Les bateaux partent lourdement armés pour se défendre contre les équipages étrangers qui n'hésitent pas à les rançonner et à les envoyer par le fond. Les combats ont très rapidement soulevé des problèmes politiques concernant la revendication de l'archipel. Le rapport des forces en présence a créé un modus vivendi : les Hollandais occupent le nord-ouest et Amsterdamøya, les Anglais les fjords au sud de la Baie de la Madeleine, les Danois et les Norvégiens l'île Danskøya et les Français le nord et la mer au large. Pourtant, en 1693, eut lieu la première bataille navale arctique ; elle mit aux prises trois frégates françaises aux ordres de corsaires malouins avec l'accord de Louis XIV, contre une quarantaine de navires hollandais surpris au large de la Baie de la Madeleine. Pris en chasse par les Français, les Hollandais se réfugièrent dans le Sorgfjord où ils subirent des dommages sérieux. Onze navires hollandais furent capturés et ramenés en France, le reste de la flotte fut incendié sur place.
Dans le but de protéger les établissements abandonnés en hiver, on tentait de recruter pour hiverner ; un édit du roi d'Angleterre de 1625 donnait le choix aux condamnés à mort entre la pendaison et un hivernage au Spitzberg, où le scorbut ravageait les expéditions trop longues. En 1630-31, un groupe de huit anglais surpris par la banquise réussit le premier hivernage (forcé) dans le Recherchefjord. À la suite de pillages les Hollandais firent un essai à Smeerenburg, où sept volontaires survécurent à l'hiver de 1633-34, mais l'année suivante la deuxième équipe fut décimée par le scorbut.
Depuis le Hornsund au Sud-Ouest jusqu'à la côte Nord, il y eut toute une série d'établissements baleiniers au Spitzberg pour le dépeçage et l'extraction d'huile de baleine. Si l'Allemagne a joué un rôle mineur dans ce commerce, le nom Hamburgbukta, qui désigne une petite baie pittoresque et bien protégée au Sud de la Baie de la Madeleine, rappelle la présence de baleiniers allemands, dont les tombes bien conservées sont un témoignage émouvant. La plus célèbre de ces stations baleinières fut l'implantation hollandaise de Smeerenburg («  la ville de la graisse ») sur Amsterdamøya, opérationnelle dès 1619, avec maisons d'habitations, entrepôts et ateliers. Beaucoup de chiffres ont circulé sur sa population et Nansen, par exemple, parlait d'une ville de 20 000 habitants ; il semble raisonnable de ne pas dépasser le chiffre de 200 personnes en été vers 1640, en regard des fouilles entreprises par des archéologues hollandais en 1980, qui ont relevé les vestiges de 7 fours à huile et 16 ou 17 maisons d'habitations, sans compter les tombes. L'existence d'églises, de bars et de bordels relèvent de la légende. D'autres recherches menées quelques années plus tard par des Danois et des Norvégiens sur l'île voisine Danskøya, ont mis à jour des restes, notamment des textiles très bien conservés, qui donnent un aperçu très intéressant sur la vie quotidienne des marins de cette époque. Au plus fort de la chasse (fin du XVIIème siècle), le nombre de bateaux aurait été de 200 à 300 toutes nationalités confondues, avec 10 000 à 12 000 hommes à bord.
Au rythme effréné de cette chasse, cinquante ans à peine après les débuts de cette « ruée vers l'huile », la quasi-totalité des baleines franches vivant dans les eaux du Spitzberg avait été exterminée. Appelée aussi baleine du Groenland, la baleine franche fut la proie préférée des baleiniers ; les anglais l'appelaient « the right whale », la « bonne » baleine, car elle nageait lentement, ne coulait pas une fois blessée et suscitait, avec ses 700 fanons et ses 100 tonnes de viande très riche en graisse, la convoitise et l'avidité.
Dès 1660, l'espèce était en voie de disparition et la station baleinière de Smeerenburg qui faisait la fierté des Hollandais, fut rapidement abandonnée. Le massacre, qui avait dépeuplé les fjords, se poursuivit encore pendant quelques décennies, mais plus au large, entre le Spitzberg et le Groenland, à la limite de la banquise d'été où les baleines étaient encore assez nombreuses. Cette chasse pélagique s'était affranchie des stations à terre : les bateaux-usines avaient fait leur apparition, les baleines étaient dépecées en mer, le long des flancs des navires et leur graisse était transformée en huile et mise en barils directement à bord des navires. 1697 fut l'année la plus faste : 129 bateaux hollandais ont capturé 1255 baleines...
Vers 1800, la chasse, pratiquée de façon trop intensive, diminue considérablement faute d'animaux : les Hollandais ont envoyé 14 000 bateaux et tué environ 50 000 baleines au cours des 17ème et 18ème siècles. En 1880, la population de baleines du Groenland est estimée à 300 individus contre environ 22 000 au début du 17ème siècle.
Les norvégiens ont continué à chasser les cétacés jusqu'en 1908 et en 1912 une station était encore active sur Finneset dans le Grønfjord où cette année-là 38 baleines seulement furent capturées...
La recherche de bons terrains de chasse et de mouillage appropriés a eu pour conséquence une bonne connaissance des côtes et des fjords, comme le montre une carte d'une exactitude étonnante datant de 1625, bien qu'une partie de ce savoir fut perdu avec la fin de la chasse à la baleine, car la rivalité entre baleiniers les empêchait de divulguer de précieuses informations sur les lieux les plus intéressants.
À partir de 1625, on écarte l'hypothèse de rattacher le Spitzberg au Groenland, et les premières cartes s'esquissent. Pourtant ce n'est qu'après 1707, lorsque le Hollandais Gillies atteint 83°N que l'existence du Spitzberg en tant qu'île est unanimement acceptée. Toutefois la première circumnavigation de l'archipel ne sera faite qu'en 1863 par le Norvégien Carlsen.
Le Roi du Danemark et de la Norvège avait proclamé le premier sa souveraineté, arguant que le Spitzberg était une partie du Groenland. Lorsque la baleine du Groenland - la plus courante- fut exterminée, le Svalbard perdit tout intérêt. L'archipel redevint une « Terra Nullius » c'est-à-dire une terre sans maître.

Svalbard : Chasseurs et trappeurs (18e - 20e siècles)

Spitzberg - Piège à renard polaire
"Le piège à renard est une planche dont un côté est en équilibre sur un assemblage des trois bâtons : deux verticaux et un horizontal auquel était attaché un appât. 30 à 40 Kg de rochers était posés sur le dessus de la planche : lorsque le renard tirait sur l'appât, il la faisait tomber et mourait écrasé."

Parmi les autres vagues d'exploitants de l'archipel figurent en bonne place les trappeurs venus ici, à la marge du monde, pour tirer profit de l'abondance de la faune et répondre à la demande importante de fourrures. Au début du 18ème siècle (principalement vers 1715, quand le tsar permit aux Russes de s'embarquer à destination du Spitzberg)), les trappeurs russes, les Pomores, s'installent ; ils s'étaient fait une spécialité du piégeage des animaux à fourrure (ours, renards, rennes et phoques) et à ivoire (morses), s'attaquant aussi accessoirement aux bélougas, en les capturant à l'aide de filets dans les bras des fjords. Jusqu'à la première moitié du 19ème siècle, ces trappeurs faisaient des séjours épisodiques sur les côtes et dans certains fjords de l'archipel, collectant fourrures et ivoires pour les grands monastères orthodoxes de Russie. Peu nombreux et isolés, leur activité de trappe restait très extensive et n'exerçait qu'une faible pression sur la faune, abondante et facile à piéger. L'énorme quantité de bois flotté permettait de passer l'hiver tout en stockant les peaux. Les colonies d'oies et d'eiders fournissent, avec les œufs, un complément de nourriture et le récolte du duvet joua un rôle économique non négligeable.
La chasse s'organisait par groupe d'une quinzaine de personnes, installés autour d'une station d'hivernage principale et de cinq à six huttes de chasse annexes.
Quant au morse, espèce autrefois commune dans tout l'Océan Arctique, il revient de loin. Les premiers visiteurs du Spitzberg ont effectué de véritables massacres. Plus tard les trappeurs en tuèrent aussi : 750 morses tués par neuf chasseurs pendant l'hiver 1823-1824 à l'Île aux Ours, 200 animaux tués en 8 jours en 1854 sur l'île de Moffen. Protégé en 1951-1952, la population se reconstitue progressivement.
Grâce aux bon contacts commerciaux avec la Norvège du Nord, les Russes vont ouvrir la porte à l'exploitation systématique de la richesse faunistique du Svalbard. Vers 1820 ils se retirent vers des territoires situés plus à l'est et à partir de 1822, les chasseurs norvégiens arrivèrent à leur tour. La première tentative d'hivernage eut lieu en 1795-96 dans l'Isfjord ; au début les hivernages sont rares et l'activité la plus intense ira de la fin du 19ème siècle jusqu'en 1941 avec plus de 1000 hivernages. Durant toute cette période environ 400 trappeurs (dont 6% de femmes) courraient le Svalbard. Leur premier hivernage eut lieu à Signehamna dans le Krossfjord, où 16 personnes passèrent l'hiver 1822-1823. Souvent les norvégiens construisaient leurs abris sur les restes des huttes en bois flotté des Russes.
D'autres eurent moins de chance : en 1872 un équipage de 17 hommes dut abandonner le navire pris par les glaces dans l'Isfjord au Cap Thordsen et trouva un abri dans un maison appelée « Svenskehuset » construite l'année précédente par une société suédoise à la recherche de phosphate. Bien équipés pour passer l'hiver, ils succombèrent tous malgré tout, victimes du scorbut.
La station de chasse la plus ancienne « Hammerfesthuset » datant de 1823, se trouve sur l'Île aux ours et a été restaurée depuis.
L'apogée de la trappe est atteinte vers la fin du 19ème siècle ; de nombreux bateaux de la
région de Tromsø et de Hammerfest montaient pour l'été au Svalbard faire le plein de fourrures. Ces expéditions ont joué un rôle important dans l'économie locale et ont apporté une assez bonne connaissance de l'archipel aux marins norvégiens. Mais attisée par la demande croissante de fourrures revendues à grand profit dans toute l'Europe et facilitée par les progrès des armes à feu, cette activité relevait en fait plus du massacre que de la chasse.
Des statistiques montrent que 17 000 morses ont été importés en Norvège en 43 ans, de 1871 à 1914. Et sur une population initiale d'environ 10 000 rennes, il n'en restait que 300 à 400.
La chasse au phoque sur la banquise entre le Svalbard et le Groenland a été pratiquée à partir du milieu du 17ème siècle, mais avec une intensité beaucoup plus faible que celle de la chasse à la baleine. Les espèces les plus chassées étaient probablement le phoque à capuchon et le phoque du Groenland. Cette chasse a été pratiquée jusqu'au 20ème siècle.
Les tableaux de chasse des trappeurs montre l'importance grandissante des phoques, rennes et ours blancs.
En 1910, on tuait 600 ours au Sud du Spitzberg et jusqu'à 3000 ours par an sur l'archipel (il en reste aujourd'hui environ 4 à 6 000).
En 1930, il y avait environ 40 trappeurs norvégiens organisés en territoires de chasse et ravitaillés par bateau en été. Interrompue essentiellement par la seconde Guerre Mondiale, la chasse professionnelle continuera jusqu'en 1973, date à laquelle l'ours polaire est placé sous protection internationale.
Le plus célèbre d'entre eux, Hilmar Noïs, avait 18 ans lorsqu'il hiverna la première fois en 1909. Il se maria deux fois, passa 50 ans au Spitzberg dans sa station de chasse de Sassendal, dans le Sassenfjord, surnommée « Villa Fredheim », où il hiverna une quarantaine de fois.
Les expéditions de chasse du début du 20ème siècle ne comprenait que 4 à 6 personnes la plupart du temps et par la suite l'hivernage se faisait à deux, voire tout seul. Cette tendance correspondait aussi à la recherche d'un certain style de vie de la part d'aventuriers avides d'une vie libre et sans contraintes dans l'Arctique. D'autres figures légendaires se sont rendues célèbres par leurs récits, comme Arthur Oxaas ou Henry Rudi, de même que des femmes comme Christiane Ritter qui hiverna au Cap Grahuken dans le Woodfjord avec son mari et un autre trappeur norvégien en 1934-1935, ou Wanny Wolstad qui, dans les années 30, hiverna plusieurs fois avec ses enfants dans la région de Hornsund. Plus récemment une jeune femme de 19 ans, Helen van der Laan passa l'hiver 1992-93 dans une hutte de trappeur de l'Austfjorden, au fond du Wijdeford.

Spitzberg hutte
Hutte de trappeur
Spitzberg bois de flottage
Le bois de flottage est un matériau commode pour construire les huttes (photo prise dans le Woodfjord)

De nos jours la trappe est une activité très marginale et ne concerne que quelques norvégiens. L'un, Harald Soleim, est arrivé au Svalbard en 1977 et a élu domicile depuis quelques décennies sur la rive nord de l'Isfjord ; un autre récolte le duvet des eiders et n'a donc qu'une activité saisonnière.
D'autres, fans de l'Arctique marginaux et qui n'ont de trappeur que le nom, peuvent obtenir de l'administration norvégienne l'autorisation d'occuper pour un an l'une ou l'autre station de chasse dans le Wijdeford ou le Woodfjord.

Svalbard : Les premières explorations scientifiques (18e, 19e et 20e siècles)

Le Spitzberg est devenu au fil des siècles, au moins depuis l'expédition de Barents et selon maintenant une longue tradition, un terrain classique de la recherche polaire.
Un des précurseurs est sans doute le médecin Hambourgeois Martens, qui ramènera de son voyage en 1671 une description très intéressante de l'archipel. Un peu plus tard, vers 1690, le navigateur hollandais Zorgdrager témoignera aussi de son expérience de baleinier au Spitzberg.

La Russie fut une des nations particulièrement actives en recherches arctiques au 18ème siècle. En particulier, l'expédition Chichagov, demandée par l'impératrice de Russie Catherine II en vue d'atteindre la Chine par le Nord, tenta, entre 1764 et 1766, de franchir le Passage du Nord-Est en s'appuyant sur une base au Svalbard.
Ainsi nombre d'observations furent faites, les ressources en eau douce évaluées, la topographie relevée, etc. ; et cela sous la direction de l'océanographe russe Lomonossov, dont la principale chaîne sous-marine qui barre le bassin arctique porte le nom.
Mais ce sont les Anglais qui donneront le coup d'envoi à la recherche scientifique : Phipps en 1773, puis Scoresby, Franklin et Sabine dans les années 1806, 1818 et 1823 ; en 1827, la tentative de Parry pour rejoindre le Pôle Nord en partant du Nord du Spitzberg sera un échec, mais il se livrera à des études géologiques et cartographiques de la région. La même année a lieu l'expédition commune du géologue norvégien Keilhau et de l'allemand von Löwenigh à l'Île aux Ours. La corvette française La Recherche sera à la tête de la grande expédition qui est passée par le Svalbard en 1838-1839. À cette occasion, un observatoire a été installé dans un fjord de la côte Ouest et de nombreux échantillons biologiques et géologiques ont été récoltés.
Parallèlement, les Suédois mènent plusieurs campagnes de géologie, de cartographie et de climatologie à partir de 1837. Leurs noms resteront attachés à ces terres : Loven, Nordenskjöld, Nathorst, de Geer, Torell.
En 1868 eut lieu la grande expédition allemande sous la direction de Koldewey, qui, comme les expéditions privées de Waldburg-Zeil et Heuglin en 1870, se fixent pour but l'Est du Spitzberg.
L'expédition d'un an de Nordenskjöld en 1873 va donner une nouvelle dimension à la recherche au Spitzberg : avec toute son équipe il va hiverner à Mosselbukta dans le Nord pour ensuite, à défaut de pouvoir rejoindre le Pôle à l'aide de rennes, traverser en traîneau la Terre du Nord-Est jusque là encore très peu explorée.
À partir de 1882 commence avec les suédois De Geer et Nathorst l'étude de la géologie du Spitzberg, d'abord dans la région de l'Isfjord. L'intérieur des terres, parcouru surtout par des chasseurs ou des naufragés, va susciter un intérêt grandissant. C'est donc la Suède qui domine la recherche au Spitzberg pendant la période 1860-1900.
En 1896 l'alpiniste et explorateur anglais Conway sera le premier à traverser le Spitzberg d'Ouest en Est ; ses expéditions apporteront de nouvelles connaissances sur l'intérieur du Svalbard.
L'étude de l'intérieur des terres sera aussi poursuivie par l'expédition russo-suédoise, qui de 1898 à 1904 mesurera exactement le méridien Nord-Sud de l'île principale depuis le Sorgfjord en passant par Edgeøya jusqu'au Hornsund.
Une contribution importante à l'étude de l'Océan Glacial Arctique sera le fait de l'expédition allemande de 1898 qui explorera de grandes parties de l'archipel et publiera des résultats considérables. Un membre de cette expédition, Lerner, connaîtra une certaine notoriété en prenant possession de l'Île aux Ours au nom de l'empereur et en hivernant en 1907-1908 dans l'Isfjord avec Johansen, le futur compagnon de Nansen à bord du Fram.

Au début du 20ème siècle le Prince de Monaco apportera une contribution importante à l'étude du Nord-Ouest de l'archipel par le financement de plusieurs grandes expéditions océanographiques et météorologiques à bord de son yacht Princesse Alice (entre 1898 et 1909) ; d'autres, sur terre, mériteraient aussi le titre de pionniers, comme le Norvégien Isachsen qui réalisera la traversée de Smeerenburg au Krossfjord ou encore l'Ecossais Bruce qui explorera le Prinz-Karls-Forland, certaines parties de l'Isfjord ainsi que le Sud du Spitzberg.
Il faudrait citer aussi la malheureuse expédition allemande Schröder-Stranz de 1912, partie explorer le Nord du Nordaustland mais au cours de laquelle 7 hommes perdront la vie.

En 1909 débutent les expéditions scientifiques norvégiennes annuelles au Svalbard, pendant lesquelles le géologue Hoel jouera un rôle clé, en s'intéressant d'une part à l'idée d'une souveraineté norvégienne sur l'archipel, ce qui deviendra une réalité en 1920, et d'autre part en jetant les bases d'une organisation qui deviendra plus tard en 1948 l'Institut Polaire Norvégien dirigé par l'océanographe Harald Sverdrup. Deux ans plus tard, en 1911, la première station de radio de l'Arctique est érigée au Spitzberg, à Green Harbour ; puis une station météorologique est installée sur l'Île aux Ours en 1918.

La recherche scientifique systématique au Svalbard a connu à ses débuts l'aide de la 1ère Année Polaire Internationale (1882-83), au cours de laquelle 11 nations installeront 14 stations en Arctique et en Antarctique. C'est la Suède qui se verra attribuer le Spitzberg, où elle mènera pendant un an diverses études géophysiques au Cap Thordsen dans L'Isfjord.

Après la Seconde Guerre Mondiale et dans le cadre de l'Année Géophysique Internationale de 1957-58, les Suédois reprendront les recherches systématiques au Svalbard et érigeront dans la Baie de Kinnvika sur la côte Ouest du Nordaustland une station encore en bon état aujourd'hui.

Par la suite, à la fin des années 50 et au début des années 60, le Spitzberg va devenir le terrain d'études favori de nombreux géographes et géologues européens, et c'est très certainement aux expéditions allemandes de Stauferland et à son directeur le géographe Büdel que revient le mérite d'avoir fédéré les études de chercheurs européens et ainsi apporté des réponses aux nombreux problèmes posés par la géographie physique et la géomorphologie du Spitzberg, notamment dans les régions de l'Est et principalement sur Barentsøya où l'on peut voir encore la « hutte de Würzburg » dans le Sud-Ouest de l'île.

Suite : Les « chasseurs de Pôles »



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